Attaque en Syrie : la version de la Russie contredite par les secouristes sur place

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Les secouristes sur place ne croient pas à la version de Moscou selon laquelle l'aviation syrienne aurait visé un stock d'armes chimiques des rebelles, qui aurait empoisonné les civils. 

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Le Conseil de sécurité de l'ONU tarde à voter une résolution pour condamner le régime de Bachar al-Assad après l'attaque chimique présumée, mardi, qui a coûté la vie à 80 personnes, selon le dernier bilan de l'OSDH. Ces derniers attendent la position des Russes, qui ont tenté d'exonérer leur allié. D'après eux, l'aviation syrienne aurait en fait visé un stock d'armes chimiques des rebelles, sans intention d'empoisonner les civils. Une version que des secouristes sur place ont formellement contredite. Europe 1 a pu recueillir leur témoignage.

Une zone pleine de civils. En Syrie, les casques blancs ont été les témoins directs de ce raid aérien. Ammar as-Salmo, le porte-parole des secouristes, est formel : "Le missile est tombé sur quartier, au milieu d'une rue où vivent essentiellement des civils", raconte-t-il à Europe 1. Selon lui, il n'y a aucun QG des factions rebelles dans cette zone : "La ligne de front est très loin de Khan Sheikhoun". Puis il décrit la scène, expliquant qu'il y a eu "3 ou 4 explosions très légères, ce n'était pas aussi fort que d’habitude. Les hommes ont foncé sur place et quand ils ont atteint les lieux, ils ont trouvé des familles entières, enfants, femmes, hommes, tous allongés au sol."

Un gaz qui n'a pas le même effet. Une scène de désolation pour les casques blancs. Abdelkrim Chekhou, un des secouristes, décrit des personnes inconscientes, "avec beaucoup de mousse autour des lèvres. D'autres respiraient encore ou criaient, appelant au secours". Les victimes n'ont aucune blessure apparente. Ils affichent néanmoins tous les mêmes symptômes : suffocation, convulsion, pupilles resserrées. Certains secouristes sont d'ailleurs eux-aussi contaminés. Cinq des hommes d'Ammar as-Salmo ont perdu connaissance. "D'habitude, on ne porte pas d’équipement spécifique contre les armes chimiques. On est équipés contre le gaz chloré, on a l’habitude, mais là c’est un gaz qui ne produit pas le même effet", déplore-t-il.

Du gaz sarin selon l'OMS. Mercredi, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé à Genève que certaines victimes présentent des symptômes évoquant une exposition à une catégorie de produits chimiques comprenant des agents neurotoxiques. Elle a confirmé l'utilisation du gaz sarin, hautement mortel. Les casques blancs, pourtant habitués à l'horreur depuis le début de la guerre civile, ne s'attendaient pas à une attaque chimique aussi meurtrière.