Argentine : l'hommage au procureur Nisman fait trembler Kirchner

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Argentine : l'hommage au procureur Nisman fait trembler Kirchner
@ AFP/TELAM
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La colère ne faiblit pas après la mort du procureur Nisman, en Argentine. 400.000 personnes au moins se sont réunies lors d'une marche blanche à Buenos Aires.

Avec les semaines, la colère ne tarit pas en Argentine. Après la mort du procureur Nisman, officiellement présentée comme un suicide ce dont beaucoup doutent dans le pays, le gouvernement est mis en difficulté par le scandale qui touche directement la présidente. Mercredi soir, plus de 400.000 personnes ont affronté la pluie pour défiler en hommage au magistrat à Buenos Aires, la capitale argentine.

Cette marche silencieuse, organisée à l'appel de six procureurs, portait des airs de contestation contre la présidente Cristina Kirchner. Plusieurs opposants à Cristina Kirchner avaient prévu de s'y rendre, mais le mauvais temps a rendu impossible la vérification de leur présence, la vue étant obscurcie par de nombreux parapluies. La foule, composée principalement des personnes de la classe moyenne ou aisée, se disait solidaire des proches d'Alberto Nisman tout en clamant son ras-le-bol du gouvernement en place. L'ex-épouse du procureur et ses deux filles de 15 et 7 ans étaient dans le cortège.

Une aubaine pour l'opposition. Depuis la mort du procureur, les manifestations s'enchaînent, mais celle de mercredi est la plus importante. "En presque 12 ans de kirchnérisme, l'opposition n'était jamais parvenue à une telle convergence", a commenté le sociologue et politique Rosendo Fraga. "Cette marche est un catalyseur des revendications sous-jacentes de la société, comme [la critique de] l'impunité". Le gouvernement de Kirchner, qui va remettre son poste en jeu à la fin de l'année, a qualifiée la mobilisation de "putschiste". "Je vous demande de bien ouvrir les yeux. Je ne parle pas de conspiration, (mais) il s'agit d'un monde d'intérêts" géopolitiques, a plaidé la présidente pour qui l'affaire sur laquelle enquêtait Nisman avait pour but de pousser l'Argentine à infléchir sa politique moyen-orientale.

Le mystère plane sur l'affaire Nisman. Il faut dire qu'autour de cette affaire règne un certain mystère et qu'une majorité d'Argentins est persuadée que le magistrat ne s'est pas suicidé. Alberto Nisman a été découvert mort dans sa salle de bain fermée à clé, une arme près de lui. Il enquêtait sur l'attentat de la mutuelle juive AMIA, qui a fait 85 morts et près de 300 blessés en 1994.

Dans la poubelle du procureur mort a été retrouvé le brouillon d'un mandat d'arrêt contre la présidente argentine. Cristina Kirchner est soupçonnée d'avoir entravé l'enquête sur l'attentat de 1994 et protégé des responsables iraniens suspectés d'en être les commanditaires. La chef de l'Etat affirme, elle, que les services secrets avec qui elle entretient des relations tendues ont manipulé le magistrat pour le pousser au suicide.