Après l'attentat de Berlin, les Allemands restent partagés sur la politique migratoire de Merkel

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Alors que le suspect de l'attentat a été identifié comme un demandeur d'asile, certains Berlinois pointent du doigt la politique d'ouverture aux migrants prônée par Angela Merkel. D'autres y restent attachés.

REPORTAGE

Inévitablement, l'émotion suscitée par un attentat cède peu à peu la place à la politique. Et avec elle surviennent les premières divisions. Deux jours après l'attentat commis avec un camion-bélier sur un marché de Noël de Berlin, la chancelière allemande, Angela Merkel, est pointée du doigt par ses opposants et une partie de la population.

L'extrême droite en embuscade. Le mouvement d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) a ainsi organisé, mercredi soir, une manifestation sous les fenêtres de la Chancellerie. Dès lundi, sa figure de proue, Frauke Petry, estimait que la menace islamiste avait été "importée de manière systématique et irresponsable au cours de l'année et demi écoulée". "Quand l'État de droit allemand riposte-t-il ? Quand cette satanée hypocrisie va-t-elle enfin s'arrêter ? Ce sont les morts de Merkel !" a fustigé Marcus Pretzell, un autre responsable du parti politique, sur Twitter.



"Cela soulève des questions sur les migrants". Tous reprochent la même chose à la chancelière : avoir prôné, contre vents et marées, en dépit des réticences d'autres responsables européens et des risques de baisse sondagière, une politique d'ouverture des frontières face à la vague migratoire venue du Proche-Orient. Le profil du suspect de l'attentat, recherché activement, alimente ce discours. Anis A., Tunisien de 24 ans, est en effet un demandeur d'asile arrivé en Allemagne en juillet 2015. Débouté en juin, il n'avait cependant pas encore été renvoyé dans son pays d'origine. Son passage à l'acte "soulève des questions sur les migrants", estime ainsi Gudrun, retraitée berlinoise. "Combien doit-on en accueillir ? Comment peut-on les intégrer ? Mais c'est déjà un problème."

Elle qui avait pourtant voté pour Angela Merkel s'interroge désormais sur la politique de la chancelière, sans néanmoins faire montre de la même virulence que certains responsables politiques de l'opposition. "Madame Merkel ne va pas reculer, elle va tenter de faire au mieux dans cette situation. Mais nous, qui avons été touchés, on doit vivre avec notre douleur."

"Cela n'a rien à voir avec la politique". Dans les rues de la capitale allemande encore endeuillée, le sujet est sensible, même si la plupart des Berlinois préfèrent se montrer modérés. Beaucoup restent attachés à une politique d'ouverture qui a permis de voir arriver, depuis l'année dernière, plusieurs dizaines de milliers de migrants dans la ville. "C'est un homme tout seul qui a commis cet attentat, cela n'a rien à voir avec la politique", temporise Sebastian. "D'ailleurs, il y a eu des attentats dans des pays qui n'ont pas cette ouverture. Il faut continuer, c'est le chemin à suivre." Lui n'oublie pas que l'Europe a une part de responsabilité dans cette vague migratoire, "avec ces guerres en Syrie, en Afghanistan et en Irak".

Une position largement partagée à Berlin. Reste la crainte que ces appels à l'apaisement deviennent inaudibles, ce qui profiterait à l'extrême droite. Pour beaucoup, Angela Merkel, qui a confirmé fin novembre qu'elle briguerait la chancellerie une quatrième fois l'année prochaine, va devoir désormais répondre aux peurs des Allemands si elle ne veut pas voir sa popularité s'effondrer.