Ambassadeur russe tué : "J'avais le terroriste juste en face de moi", raconte un photographe

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Burhan Ozbilici, un photographe de l'agence de presse américaine AP, a assisté à l'assassinat de l'ambassadeur russe à Ankara. Pour Europe 1, il livre son témoignage glaçant.

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

"Je suis allé à cette exposition de photos en me disant que ce serait bien pour notre base d'archives d'avoir des photos de l'ambassadeur russe. Je suis arrivé un peu avant qu'il prenne la parole.

"J'avais le terroriste juste en face de moi". C'était quelqu'un de simple, très naturel. J'étais à deux mètres de lui et j'ai pris une dizaine de photos. Ensuite, j'ai reculé un peu... Quelques secondes plus tard, j'ai entendu des tirs, très forts. Le plafond est très haut et ça a résonné très fort. À ce moment-là, on se demande ce qu'il se passe. Les gens qui se trouvaient devant moi se sont mis au sol, cachés derrière des tables. J'avais le terroriste juste en face de moi. Il avait la main gauche en l'air et il a dit 'Allah Akbar', une fois ou deux. C'était difficile de comprendre. Les gens hurlaient, pleuraient… Je me suis dit 'merde, ça doit être quelqu'un de djihadiste, quelque chose de politique…'"

"Il a menacé" la foule. "Il a continué son discours puis il a demandé aux gens de partir. Là, il est retourné autour du corps et il a recommencé à tirer de très près sur l'ambassadeur. Je me suis demandé si je pouvais faire quelque chose pour l'arrêter, j'avais peur qu'il tire sur la foule. Il a menacé… J'entendais les gardes qui essayaient de savoir si l'un d'entre eux avait une arme. Alors, j'ai pris mon appareil, pour lui montrer qu'il était enregistré, qu'on savait qu'il était là, qu'il ne pouvait pas fuir. Je me suis dit que ça pouvait peut-être l'arrêter, l'empêcher de tuer des innocents".

Le tueur visible sur ses photos. "Là, les policiers ont fait évacuer la salle. Tout le monde est parti en rampant, en glissant… C'était terrible. Un peu après, de loin, j'ai entendu que le terroriste a encore tiré deux ou trois fois. Quand je suis rentré au bureau, à l'agence, j'ai encore eu un choc en regardant mes photos. Sur les deux premières, on voyait ce mec, debout, trois ou quatre mètres derrière l'ambassadeur… Sérieux, en costume, avec une cravate. Jamais on n'aurait pu imaginer la suite."

"C'est quelque chose de terrible. Andreï Karlov représentait la Russie, un grand pays. Mais là, sur ces photos, il représentait aussi l'humanité… tuée, par terre".