Alep, "véritable catastrophe humanitaire", dénonce un médecin de guerre

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Raphaël Pitti, spécialiste de médecine de guerre, de retour de mission en Syrie, a raconté mercredi sur Europe 1, l'enfer que vit au quotidien la population civile d'Alep.

INTERVIEW

"Les plaies liées aux bombardements sont effroyables. Ce sont beaucoup d'écrasements avec surtout des pertes de substance osseuse, musculaire, de peau, qui posent de vrais problèmes pour la cicatrisation". De retour de mission en Syrie, Raphaël Pitti, spécialiste de médecine de guerre, a décrit mercredi sur Europe 1, l'horreur que vit chaque jour les populations civiles à Alep, dans l'Est du pays. "C'est une véritable catastrophe humanitaire. Dans cette zone d'Alep, les civils n'ont plus de nourriture depuis le mois d'août. Ils n'ont plus de soins car tous les hôpitaux ont été ciblés et détruits."

Déplacés vers l'aéroport. Le médecin humanitaire n'a pas pu rentrer à l'intérieur de la zone encerclée et bombardée par le régime et les Russes. "Mais je suis en relation constante avec des médecins que nous avons formé depuis cinq ans maintenant", précise-t-il. Et notamment le docteur Farida, gynécologue. "Elle nous a raconté que toute la population à l'Est de la ville a été obligée de se déplacer vers l'aéroport, où le régime a crée un espèce de camp énorme. Là-bas, ils sélectionnent les hommes les plus jeunes et les amènent vers les centres de renseignement aérien. On ne sait pas du tout ce qu'il se passe. Il y a surement des exactions, aucune ONG, ni l'Onu ne sont présents", souligne-t-il.

"Pourquoi déplacent ils toutes ces populations. Tout est à craindre. Dans son dernier appel, elle disait qu'ils étaient en train d'approcher, qu'elle ne savait pas quoi faire. Et qu'elle avait pris la décision de mettre de la farine de riz sur son visage et de sourire. Et puis, c'est terminé nous n'avons plus de relation avec elle", ajoute-t-il.

Les populations prises au piège. Le médecin plaide pour que soit imposées des solutions humanitaires. "Depuis cinq ans, toutes les solutions politiques ont échoué car les Russes avaient comme plan de récupérer le territoire au profit du régime actuel. Ils ont imposé par la force, par la violence, leur stratégie à eux, au dépend des populations qui sont pris au piège de ces combats.

"Une main fraternelle". "On a un monde entier impuissant qui se laisse imposer une violence extrême, une guerre totale qui touche essentiellement les populations", ajoute Raphaël Pitti qui déplore notamment que les paroles des dirigeants occidentaux, comme Angela Merkel ou Barack Obama ne soient pas suivis d'actes. Le médecin prévoit de retourner en Syrie. "Il est important de dire à la population qu'il reste une main fraternelle."