À Mossoul, les anciens amis deviennent ennemis

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EXCLUSIF - Les forces irakiennes gagnent du terrain dans la reconquête de Mossoul, mais entre les habitants qui ont subi Daech et ceux qui ont rejoint leurs rangs, les liens sont brisés.

REPORTAGE

L'offensive pour reprendre la ville de Mossoul aux djihadistes a commencé depuis un peu plus de deux moins. Les forces irakiennes reprennent de plus en plus de terrain. Mais après deux ans et demi sous le joug de Daech, les habitants ne sont plus les mêmes. Gwendoline Debono, seule journaliste occidentale à avoir pu entrer dans la ville ces derniers semaines, a rencontré des habitants déchirés.

"Le quartier n'est pas nettoyé." Déchirés parce qu'à Mossoul, il a fallu choisir son camp. Des familles, des amis, des quartiers se sont déchirés. Dimanche, des drones piégés envoyés par le groupe État islamique lâchent des grenades sur les soldats. Une fois à l'abri, l'un des anciens du village se met à murmurer : "Ils cherchent encore des informateurs comme les gens de la rue derrière. Le quartier n'est pas nettoyé."

De l'ancien camarade à l'ennemi. Voir des proches passer du côté djihadiste, cet officier sait ce que cela signifie. Les hommes de son unité sont tous originaires de Mossoul, ils ont quitté la ville quand l'EI s'en est emparée. De retour au combat, l'officier a dû affronter plusieurs de ses connaissances. "Un jour j'ai tué quelqu'un qui était à l'université avec moi. Il était devenu responsable de Daech. Il avait tué des Irakiens alors on s'est affrontés et je l'ai tué. On a tué aussi un ancien militaire qui s'était rangé avec Daech. Un de nos hommes était dans sa promotion à l'école militaire. Mais c'est comme ça, la patrie est plus importante que l'amitié."

"Je lui disais : 'Arrête, c'est des conneries'." L'amitié qui soudait le groupe d'Amar n'a pas non plus survécu au groupe État islamique. Parmi cette bande d'étudiants, cinq ont choisi de rejoindre les rangs des djihadistes après avoir été convaincus par le prêcheur de la mosquée. "D'un coup, ils voulaient nous persuader de les rejoindre, ils voulaient nous convaincre qu'on deviendrait des hommes meilleurs. C'était comme si on leur avait lavé le cerveau. On leur disait qu'ils avaient tort. L'un d'eux était mon meilleur ami. Je lui disais : 'Arrête, c'est des conneries, tu vas mourir !' Il me disait 'Non, c'est toi qui te trompe.'"

"Il est sans doute mort". Amar a rappelé quelques fois son ami, qui a fini par ne plus décrocher. "Il est sans doute mort", dit-il "comme je l'avais prévu".