Ces grandes manifestations sportives... et sociales

© Reuters
  • Copié
, modifié à
RETRO - Coupe du monde, J.O...Les grandes compétitions internationales suscitent souvent la colère des populations des pays organisateurs. Pourquoi ?

"Le football est plus fort que l’insatisfaction des gens". La confiance inébranlable du président de la FIFA Sepp Blatter est mise à mal ces derniers jours. Et pour cause, voilà cinq jours que les salariés de la société des transports de Sao Paulo ont déclaré une grève illimitée et réclament une augmentation de 12% de leurs salaires. Si ce mouvement social attire l’attention médiatique à trois jours du coup d’envoi de la Coupe du monde, il ne représente que la partie émergée de l’iceberg.

POlice-anti-émeutes

© Reuters

En effet, de nombreux courants contestataires agitent le Brésil  depuis le lancement de la Coupe de Confédérations l’année dernière. Et si sur la planète entière, chaque olympiade, chaque Coupe du monde réveille l’enthousiasme des amateurs de sport, ces grandes compétitions sportives internationales suscitent parfois l’hostilité des populations locales.

>>> Le nettoyage social : l’exemple de Pékin 2008

Outre les tensions internationales suscitées par l’organisation des Jeux olympiques 2008 à Pékin, le régime chinois avait dû faire face à des tensions internes.  "A Beijing, on estime qu’au moins 1.25 million de personnes ont été déplacées dans le cadre d’un gigantesque plan d’urbanisme légitimé par les J.O de 2008.", rapporte le centre pour le droit au logement.

Nid-d'oiseau

© Reuters

De plus, les milliers de migrants mobilisés pour la construction des stades et autres installations extra-sportives avaient été exclus du pays peu avant l’ouverture de la compétition. Le régime, pour limiter les risques de mouvements sociaux, avait limité les autorisations de manifestations. Malgré ce verrouillage, des dissidents avaient organisé des opérations. La plupart ont été condamnés à des peines dans des camps de rééducation au travail. 

Ces déplacements de population et ces opérations de nettoyage social ne sont pas l’apanage du seul régime chinois. En 1996, la municipalité d’Atlanta, aux Etats-Unis, avait procédé à l’arrestation de 9.000 sans-abris lors de la phase préparatoire des Jeux olympiques.

>>> L’occasion de se faire entendre : l’exemple de la Coupe du monde 1998

De la même façon, l’organisation de la Coupe du monde 1998 en France avait été menacée par une grève massive des pilotes de la compagnie Air France, déclenchée le 1er juin. Mouvement face auquel le ministre des Transports de l’époque, Jean-Claude Gayssot, avait répliqué : "La France et la Coupe du monde ne doivent pas être prises en otage". Le président d’Air France avait également mis la pression sur se salariés en affirmant que "les Français ne comprendraient pas que le Mondial puisse être mis en cause". Le ton est clair, les revendications sociales doivent s’arrêter là où la Coupe du monde commence. 

>>> La spéculation immobilière : l’exemple de Londres 2012

David Schearf, urbaniste, observe que "bien souvent, dans les années qui précèdent les JO, la ville-hôte connaît des taux de construction sans précédent pour se préparer à l’arrivée massive des visiteurs et au regain d’attention internationale." Un terrain propice aux spéculations immobilières qui mènent immanquablement à la hausse des prix du foncier.

Londres-2012

© Reuters

A Londres, ces opérations de réhabilitation de quartiers populaires ou délaissés avaient mobilisé des collectifs habitants, réunis sous la bannière du Réseau Contre-Olympique. Manifestations, réunions publiques et actions pour freiner les travaux avaient donc émaillé la préparation des J.O de Londres.

Une loi de la spéculation immobilière qui se vérifie pour de nombreuses Olympiades, notamment celle de Barcelone en 1992, dont le Centre du droit au Logement a pu évaluer l’impact : les prix du logement dans la cité catalane ont augmenté en moyenne de 193% entre 1992 et 1993. Selon la même source, les opérations de spéculation immobilière sur les quartiers à proximité des installations olympiques à Sydney avaient provoqué un important déplacement de population. Et le triplement du nombre de sans-abris sur les cinq années suivantes.

>>> La privatisation des bénéfices: l’exemple de l’Afrique du Sud 2010

Le premier Mondial sur le sol africain suscitait de grands espoirs, notamment chez le président sudaf Jacob Zuma. Il devait assurer l’essor économique du pays, pourtant, quatre ans plus tard, le bilan est plus que décevant. Enfin, pas pour tout le monde, puisque si l’Etat sud-africain affiche une perte de 3 milliards d’euros, la FIFA, elle a fait un bénéfice de 3 milliards d'euros. C’est exactement ce que craignent les manifestants brésiliens, et ce qu’ont dénoncé les habitants de plusieurs villes d’Afrique du Sud. Ils étaient 2.000 manifestants à Durban, 2.000 salariés qui profitaient de l’exposition médiatique accordée par la tenue du mondial pour régler leurs différends salariaux. En sera-t-il de même au Brésil ? Même si Michel Platini a demandé aux Brésiliens « de se calmer pendant un mois au moins », les différents groupes qui structurent le mouvement contestataire comptent bien perturber la compétition pour mieux se faire entendre. 

sur-le-meme-sujet-sujet_scalewidth_460_scalewidth_460

MOUVEMENT SOCIAL - La grève se poursuit à Sao Paulo

MANIFS - Le Brésil roule, la colère gronde

TRANSPORTS - Sao Paulo à l'arrêt

MARACANA - 3000 manifestants devant le stade