Un pavé de 2,3 kg jeté sur un CRS conduit trois hommes aux assises

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Un pavé de 2,3 kg jeté sur un CRS conduit trois hommes aux assises
@ MaxPPP
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Trois jeunes hommes comparaissent pour avoir jeté un pavé depuis le toit d'un immeuble sur un CRS. Gravement blessé et handicapé, il s'est confié à Europe 1. 

"Une agression gratuite, juste à cause de mon uniforme bleu marine", décrit d'une voix fluette Romain, le CRS grièvement blessé en mars 2011 par un pavé jeté depuis le toit d'un immeuble de Noisiel, en Seine-et-Marne. Pour ce geste, trois jeunes hommes comparaissent depuis mardi devant les assises de Seine-et-Marne.

La vie de Romain a basculé en mars 2011. A cette époque de l'année, les arbres sont encore bourgeonnants et la vue depuis le toit des immeubles du quartier de la gare RER de Noisiel est dégagée. Entre les branches, lorsqu'on se penche au-dessus de la rambarde de sécurité, on distingue dix-neuf mètres en contrebas une quinzaine de CRS et leurs trois fourgons. Trois jeunes, pavés et bouteille de rhum à la main, guettent leur cible pendant une dizaine de minutes. Deux pavés et la bouteille sont jetés.

Une infirmité permanente. Romain, âgé de 33 ans, est touché: un pavé de 2,3 kilos lui brise les os du crâne. Il sera maintenu pendant deux semaines dans un coma artificiel et subira une cranioplastie : une partie de son crane sera remplacée par du corail. Quatre ans plus tard, il garde une infirmité permanente. Une partie de son corps est paralysée. "Sa vie a basculé après cette agression soudaine et gratuite", explique son avocate, Me Caty Richard.

"J'ai dû réapprendre beaucoup de choses, par exemple me remuscler, car j'avais perdu presque 15 kilos", a expliqué Romain, qui est désormais affecté à des tâches administratives. "Malgré tout cela, des séquelles resteront toujours. Il y a d'abord la cicatrice, que je vois tous les matins au réveil", ajoute le jeune homme. "J'ai également perdu l'usage de mon bras gauche et de mon oreille droite", ajoute-t-il.

Pendant sa convalescence, l'enquête progresse. Les agresseurs semblent n'avoir pris aucune précaution, laissant leur ADN sur les pavés et la bouteille et fuyant sans échapper à l’œil des voisins. Ces derniers les reconnaîtront sur un portrait robot. Moins d'un mois après les faits, les suspects, des jeunes qui étaient "régulièrement contrôlés" par la police, sont arrêtés et avouent en garde à vue, racontant avoir décidé de "caillasser" les CRS installés depuis quelques jours dans leur quartier.

Les confidences des suspects. Dans leur cellule placée à leur insu sur écoute, ces trois jeunes, dont l'un n'est pourtant pas un novice, condamné plusieurs fois pour des violences, se laissent aller à d'imprudentes confidences. "Moi, je suis content parce qu'on a touché un CRS. Ces fils de pute, ils ne respectent rien", pérore notamment le jeune homme qui a reconnu avoir lancé les pavés. Principal accusé, il risque dix ans de prison.

Les faits et gestes de ses complices présumés devraient être âprement discutés. L'un n'aurait lancé qu'une bouteille sans faire de dégâts. Il assure n'avoir voulu viser que les véhicules de police. "Peut-on considérer que l'on est complice lorsqu'on a simplement lancé un objet qui n'a touché personne?", interroge son avocat. Le troisième dit s'être contenté d'accompagner ses amis, la bouteille de rhum à la main. Et affirme être resté en retrait, à fumer une cigarette, pendant les faits.

"J'aimerais comprendre". "J'attends que justice soit faite, j'espère qu'ils seront punis à la hauteur du mal qu'ils ont pu me faire", explique Romain au micro d'Europe 1. "J'aimerais comprendre pourquoi j'ai été agressé. Je ne vois pas de raison, si ce n'est d'être en bleu marine sur la voie publique", estime-t-il. "Même s'ils me présentent des excuses, je me demanderai encore pourquoi ils ont fait ça". 

Aux assises de Melin mardi, deux des accusés lui ont justement présenté leurs excuses, le troisième assurant ne pas être responsable du drame. "Je présente toutes mes excuses (...) Je n'ai pas mesuré la gravité des faits", a déclaré le principal mis en cause, un homme de 23 ans, placé dans le box des accusés à quelques mètres de la victime. Les avocats de la défense chercheront certainement à remettre en cause l'accusation de violence "en bande organisée", qui leur vaut de passer aux assises. Le verdict est attendu le 1er décembre.