Un octogénaire jugé pour avoir aidé sa femme à mourir

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Un octogénaire jugé pour avoir aidé sa femme à mourir
@ AFP
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FIN DE VIE - Jean Mercier comparaît à partir de mardi devant le tribunal correctionnel de Saint-Etienne, dans la Loire, pour avoir aidé sa femme, gravement malade, à mourir. 

Il est resté fidèle à cette promesse qu’ils s’étaient faits l’un l’autre de ne "jamais finir comme un légume". A 87 ans, Jean Mercier est jugé pour avoir aidé son épouse à se suicider en absorbant des médicaments. Un geste d’amour, mais illégal. A partir de mardi, l’octogénaire comparaît donc pour "non-assistance à personne en danger et homicide involontaire", devant le tribunal correctionnel de Saint-Etienne dans la Loire. Il risque jusqu'à cinq ans de prison. 


>> Jean Mercier s'est confié mardi à Europe 1. Retrouvez ici son témoignage

La fin d’un long calvaire. "Un matin, elle m’a demandé d’en finir", racontait-il à Europe 1 en janvier dernier. C’était un jeudi matin, celui du 10 novembre 2011. Ce jour là, Jean aide celle avec qui il partage sa vie depuis 55 ans, à en finir. "On avait décidé depuis de très nombreuses années que le jour où l'un ne serait pas bien, l'autre l'aiderait s'il n'était pas capable d'y arriver. Et ce jour est arrivé", expliquait-il à Europe 1, en novembre 2014. La promesse accomplie sonne le glas d’une longue agonie.

Maladie incurable et dépression. Josanne, alors âgée de 83 ans, souffre d’une fragilité osseuse incurable depuis de très nombreuses années. A cause de cette arthrose lombaire extrêmement douloureuse, la vieille dame a beaucoup de mal à se déplacer. A peine deux semaines plus tôt, elle s’est d’ailleurs cassée le bras en tombant. Une maladie qui s’accompagne d’une profonde dépression qui lui a valu plusieurs tentatives de suicide.

Il lui apporte les médicaments. Ce matin là, elle lui dit : "Donne-moi les médicaments", mais, dans un premier temps, Jean fait "semblant de ne pas trop comprendre". Josanne insiste. Le compagnon de toujours accepte alors d'apporter à son épouse une quantité importante de médicaments et de les lui décapsuler. Puis, il lui tend un verre d’eau pour qu’elle puisse les avaler, et attend qu’elle soit morte avant d’appeler un médecin.

"Si je ne l'avais pas fait, elle me l'aurait reproché". "On avait fini par croire ce que ce serait un geste banal : non, c'est un geste très difficile ", confiait-il à Europe 1, en novembre 2014. Mais, "je n'ai pas regretté […] si je ne l'avais pas fait, elle me l'aurait reproché au plus profond d'elle", avouait-il, fidèle avant tout à sa parole.  

Une promesse valant cinq ans de prison. "C'est normal qu'on me poursuive, c'est la loi, ils ne peuvent pas faire autrement. Mais je trouve que c'est complètement idiot. Le suicide est légal et l'aide au suicide ne l'est pas. Qu'est-ce que ça veut dire ?", s'interrogeait Jean Mercier. Pour ce serment fait à sa femme, mais interdit par la loi, cet homme, aujourd'hui atteint d'un cancer, encourt jusqu’à 75.000 euros d’amende et cinq ans de prison.