Un gendarme jugé pour la mort d’un gitan

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Un gendarme jugé pour la mort d’un gitan
@ MAXPPP
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Ce militaire comparaît devant la cour d’assises de Draguignan dans un contexte tendu.

Le procès de Christophe Monchal s'est ouvert dans le calme lundi devant la cour d'Assises du Var. Le gendarme comparaît pour avoir mortellement blessé en 2008 Joseph Guerdner, un membre de la communauté du voyage, âgé de 27 ans. La mort du gitan avait alors suscité une vive émotion dans sa communauté, qui avait manifesté à Brignoles et à Draguignan, où de violents incidents avaient éclaté.

Le procès se déroule sous haute surveillance au tribunal de Draguignan. L'accusé a été installé dans un box aux vitres blindées. Il a reconnu le sfaits devant la cour en début d'audience : "Oui, je suis l'auteur des coups de feu mortels, c'est d'autant plus dramatique pour moi qu'en 13 ans de gendarmerie je n'avais jamais fait usage de mon arme", a-t-il dit. "Mais je ne peux pas demander pardon, je ne regrette rien, j'ai fait mon travail, Guerdner voulait s'évader, c'est pour cela que j'ai tiré".

Sept coups de feu

Les faits remontent au 23 mai 2008. Joseph Guerdner est alors interpellé par la gendarmerie de Brignoles. Suite à la découverte d’un pistolet 11,43 et de munitions dans son véhicule, il est placé en garde à vue. Il était soupçonné dans une affaire d'agression à main armée et d'enlèvement, affaire dans laquelle trois complices ont depuis lors été condamnés à des peines de 5 à 9 ans de prison par la Cour d'assises du Var.

Pendant son audition, les gendarmes l'ont autorisé à fumer une cigarette près d’une fenêtre située entre deux étages. Christophe Monchal l’accompagne. Alors que la minuterie arrête, l’homme saute d’une hauteur de 4,60 mètres. Lorsqu'il traverse la cour pour s’échapper, le gendarme tire sept coups de feu dans sa direction. Touché par trois fois, l’homme a tout de même pu franchir la grille de la gendarmerie, avant de se réfugier dans un arbre. Secouru par les gendarmes, il est mort des suites de ses blessures.

Alors que le gendarme a affirmé pendant son audition avoir voulu viser les jambes de Joseph Guerdner, la version de la famille est très différente. A l’époque des faits, la mère de la victime avait déploré que son fils ait été "tiré comme un lapin". Me Jean-Claude Guidecelli, l'avocat de la famille Guerdner, s'est montré pessimiste lundi :"on a assisté ce matin à une véritable apologie en faveur d'un gendarme bardé de décorations et d'appréciations toutes plus laudatives les unes que les autres".

Maréchal des logis chef à la brigade de Draguignan à l’époque des faits, Christophe Monchal, 43 ans, comparaît pour "coups mortels par personne dépositaire de l'autorité publique dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions". Il s'est rendu libre au tribunal, après avoir bénéficié d'un non lieu en août 2009, réformé quatre mois plus tard par la chambre de l'instruction près la cour d'appel d'Aix-en-Provence qui l'a renvoyé devant la juridiction criminelle à la suite d'un appel de la famille.