Trocadéro :"ils piquaient les frites des clients"

  • A
  • A
Trocadéro :"ils piquaient les frites des clients"
Parmi les 32 personnes blessées lors des incidents qui ont gâché la remise du trophée de champion de France au PSG, deux personnes l'ont été grièvement, selon les informations recueillies par Europe 1.@ Julien Pearce
Partagez sur :

TEMOIGNAGES - Cassages et pillages ont émaillé la soirée du quartier, qui se réveille dans un décor de guerre civile.

"On vient avec l'envie de faire la fête et on repart avec l'envie de pleurer." Jihane peine à cacher son amertume. Cette supportrice du PSG depuis toujours, interrogée par Europe 1, s'est rendue lundi soir sur l'esplanade du Trocadéro à Paris, pour fêter le titre de champion de France de son club favori. Mais au lieu de chanter, elle a crié, et pas de joie. Elle a été "bousculée", comme des centaines de supporters et de Parisiens surpris par la tournure qu'ont pris les festivités. Car ce sont les fumigènes, les bagarres et autres face-à-face entre supporters et CRS qui ont occupé le terrain lundi soir.

Les autorités ne comptent pas moins de 32 blessés et 39 interpellations. Et ce n'est pas tout. Car un impressionnant bilan matériel s'ajoute au score final de cette triste soirée. Sur l'esplanade mardi matin, les touristes peuvent croiser des voitures calcinés un peu partout, marcher sur un sol jonché de débris et observer la dizaine de balayeurs s'employant à leur besogneuse mission : en deux heures, il n'ont pu avancer que de 50 mètres tant les débris sont nombreux.

"Ils piquaient des frites aux gens"

"C'est incroyable. Les voitures sont cassées, les vitres sont complètement brisées, les gens montaient dessus. C'était la jungle", raconte pour Europe1 Stéphane, un riverain, attendant son bus sous un abri qui n'existe presque plus. "On a l'impression qu'un tank est passé dessus. Et ce n'est pas tout. Au McDo, les gens rentraient et ils piquaient les frites des clients. Ils se précipitaient derrière la caisse, ils prenaient les hamburgers", détaille-t-il.

"On est en état de guerre civile. Ca ne peut pas durer comme ça", renchérit Didier, le concierge d'un immeuble du quartier. "On les a vu passer, on a été obligé de fermer les volets et les fenêtres. Les gaz lacrymogènes étaient dans l'appartement, ça nous piquait les yeux et la gorge. On se demandait où on était, il était 19h", poursuit sa femme, "outrée" et "sous le choc" comme son conjoint.

Jets de bouteilles, alcool et fumigènes

Et pour cause. La veille, c'est un véritable chaos qui s'est emparé des environs. Il n'y avait pas besoin d'avoir une oreille aguerrie pour entendre environ un fumigène exploser toutes les 15 secondes sur l'esplanade du Trocadéro. Face à des CRS souvent débordés, les casseurs ont investi le quartier par dizaines. Avenue Kleber, les jets de bouteilles de verre ont même fait reculer un fourgon de CRS. Et presque aucune vitrine n'a été épargnée par ce déchaînement de violence.

"Ils se sont jetés contre nous pour prendre des bouteilles. Ils étaient 40 supporters du PSG. C'était horrible", se souvient la cliente d'une supérette vandalisée et vite inondée d'alcool lundi soir. Sur les Champs Elysée également, les touristes ont été obligés de sortir par les portes de service des restaurants pour éviter de se retrouver entre les casseurs et les forces de l'ordre. "J'ai honte, vraiment honte. Ce sont des jeunes de banlieue, tout comme moi, mais moi je ne suis pas comme ça… ", lâche au micro d'Europe1 Abel, le client d'une brasserie.

Mardi matin, c'est tout le quartier qui a la gueule de bois… ou presque. Comme un appel à faire l'amour et pas autre chose, un couple de jeunes mariés japonais prend le temps de se photographier, au milieu des détritus, et devant les balayeurs qui tentent d'avancer un mètre de plus.