Toscan du Plantier : la fin d’une affaire

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Toscan du Plantier : la fin d’une affaire
Sophie Toscan du Plantier a été assassinée il y a plus de quinze ans en Irlande.@ REUTERS
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Le refus de Dublin d’extrader Ian Bailey laisse peu d’espoir quant à une résolution de ce dossier.

Le mystère de Schull, ce petit village du sud-ouest de l’Irlande où Sophie Toscan du Plantier a été assassinée il y a plus 15 ans, sera-t-il un jour résolu ? La décision rendue jeudi par la Cour suprême de Dublin permet d’en douter. La plus haute instance judiciaire irlandaise vient en effet de refuser l’extradition de Ian Bailey, principal suspect dans cette affaire et contre qui la France avait émis un mandat d’arrêt européen en 2010.

Le 23 décembre 1996, Sophie Toscan du Plantier, épouse du producteur de cinéma Daniel Toscan du Plante, décédé en 2003, était retrouvée morte à l’extérieur de sa maison de Schull, dans une région isolée d’Irlande, après avoir reçu des coups sur la tête. Depuis, Ian Bailey, journaliste pigiste résidant près de chez elle, fait figure de principal suspect.

Éléments à charge contre Ian Bailey

Les autorités irlandaises l’ont placé deux fois en garde à vue, mais ont finalement renoncé à l’accuser en 2001. Plusieurs éléments à charge pèsent pourtant sur lui : il connaissait la victime et un témoin, qui s’est depuis rétracté, a assuré l’avoir vu à proximité du lieu du crime, au moment des faits. Autre détail troublant, ce journaliste a rédigé des articles dans lesquels il donnait des éléments qui n’étaient alors connus que des enquêteurs, selon la famille Toscan du Plantier.

Après l’abandon des poursuites en Irlande, la justice française a repris le flambeau, à partir de 2008. Un juge d’instruction français a même fait exhumer et autopsier le corps de la victime et un mandat d’arrêt européen a été émis en 2010 contre Ian Bailey, pour qu’il soit interrogé en France. Des policiers français se sont aussi rendus en Irlande à l’automne dernier.

L’hypothèse d’un procès en France

Mais les cinq juges de la Cour suprême irlandaise, invalidant un précédent jugement, ont argué jeudi que pour que Ian Bailey soit extradé, il fallait qu’un procès soit engagé en France. Pour l’avocat des parents de la victime, Me Alain Spilliaert, cette décision est "un coup d’arrêt très dur" pour la famille, qui "va continuer à se battre" malgré tout, confie-t-il à Europe 1 encore sous le choc.

Pour lui, il reste un tout dernier espoir. "L’instruction en France peut se poursuivre. S’il y avait un procès en France en son absence, devant une Cour d’assises, il pourrait y avoir une condamnation par défaut". Et en cas de condamnation, "la France pourrait encore réclamer l’extradition sur la base de cette décision des assises".

Ian Bailey poursuit de son côté l’État irlandais

L’hypothèse est cependant très improbable pour Me Eric Dupont-Moretti, un autre avocat de la famille. "Comment pourrait-on ordonner un procès sans avoir entendu quelqu’un et lui avoir permis de se défendre", s’interroge-t-il.

Toute la procédure n’est cependant pas terminée : Ian Bailey, qui estime avoir été injustement accusé, a annoncé jeudi qu’il allait relancer les poursuites entamées en 2006 contre l’Etat irlandais et la police locale pour obtenir des réparations.