Tarnac : "On ne terrorise personne", affirme Mathieu Burnel

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Après sept ans d’instruction, le parquet a fait appel de l’abandon de la qualification de "terrorisme" par la juge d’instruction. Mathieu Burnel a réagi à ce bras de fer procédural.

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

"La situation dans laquelle on est, est, dans le fond assez comique." Voilà la façon dont Mathieu Burnel, l’un des huit prévenus dans l’affaire dite de Tarnac, résume, sur Europe 1 mercredi, les rebondissements juridiques des derniers jours. Présentés comme proche de l'ultra-gauche, lui et ses amis sont soupçonnés d'être à l'origine de plusieurs sabotages de lignes SNCF sur des caténaires. Vendredi, la juge chargée d’instruire le dossier a rejeté la qualification "terroriste", désavouant le ministère public qui, lors de son réquisitoire en mai dernier, avait retenu celle-ci. Un abandon dont le parquet a fait appel. 

"La volatilité extrême du concept de terrorisme". "Il y a 7 ans, on nous a décrété ‘terroristes’, il y a quatre jours on nous a dit, finalement, qu’on ne l’était plus. Et là, on nous apprend que, peut-être, demain, on le redeviendra. Ça ne parait pas très sérieux", commente le membre du groupe de Tarnac, petit village de Corrèze, où certains membres vivent en autonomie dans la ferme du "Goutailloux" dont ils sont propriétaires. 

"Mais surtout, cela montre la volatilité extrême du concept de terrorisme", précise le militant qui fustige la politique antiterroriste : "Là, ce qui définit le terrorisme, ce ne sont pas des actes. Ce sont des gens derrière des bureaux qui s’affairent à se poser la question : ‘est-ce que telle personne est terroriste ?’"

Syllogisme "compliqué". Soupçonné d’être l’auteur, avec Julien Coupat, de l’ouvrage pamphlétaire L’insurrection qui vient, publié en 2006 aux Editions La Fabrique, sous la signature du mystérieux collectif "Le comité invisible", Mathieu Burnel se défend : "La police n’a jamais été en mesure d’attribuer le moindre écrit à qui que ce soit." "L’opération qui consiste à dire : ces livres sont subversifs, vous avez écrit ces livres subversifs et donc vous devez être catégorisés comme terroristes, ça me parait être une équation assez compliquée", argumente-t-il.

"Est-ce qu'on terrorise les Français ?" Le terrorisme pour Mathieu Brunel, "c’est un fourre-tout. […] Ce sont des Etats qui définissent, à des moments clefs, ce qui leur paraît être l’ennemi intérieur à abattre. Le terroriste d’un jour est le héros du lendemain."

Alors que la qualification "d’entreprise terroriste" retenue à l’encontre des trois principaux suspects de l’affaire, dont Julien Coupat et sa compagne Yldune Levy, a été abandonnée par le magistrat instructeur, le Rouennais dénonce : "Nous, est-ce qu’on terrorise les Français ? Le problème, c’est que ce n’est pas les Français qui décident de savoir qui les terrorise. C’est, à l’évidence, soit la juge d’instruction qui a dit non - après sept ans et demi d’enquête - ; soit le parquet qui, maintenant, dit : ‘Si, si, vous terrorisez les Français’." Et d’ajouter : "Tout le monde se rend bien compte qu’on ne terrorise personne."

Soutenus par François Hollande. Lorsqu’on l’interroge sur d’éventuels soutiens politiques dans cette affaire mouvementée et très vite politisée, Mathieu Burnel répond : "Un bon nombre d’élus politiques nous ont soutenus, y compris François Hollande." Celui qui était alors président du conseil général de Corrèze, où se situe Tarnac, avait "fait des déclarations assez fracassantes en disant que tout cela ressemblait à une manipulation policière et qu’il aurait été de bon ton d’arrêter cette manipulation policière", rapporte le militant d’ultra-gauche. En mai 2009, dans une tribune publiée sur Slate, François Hollande évoquait "le couac de Tarnac" devenu "une affaire politique".

Un engagement qui continue, coûte que coûte. Aujourd’hui, Mathieu Burnel est toujours en contact avec les autres membres du groupe, malgré l’interdiction qu'ils ont de se voir, tous sous contrôle judiciaire. "Parce que nous sommes amis", lance-t-il spontanément. Et puis, ajoute-t-il, après des années de mises sous surveillance ou de placements en garde à vue : "Si on avait arrêté de vivre après nos arrestations, la vie aurait été infernale."