"Ripoux" de Marseille : un an d'enquête

  • A
  • A
"Ripoux" de Marseille : un an d'enquête
@ MAX PPP
Partagez sur :

La Bac de Marseille est confrontée à une affaire de corruption présumée,  inédite par son ampleur.

Ils sont accusés d'avoir racketté des dealers. Douze policiers de la brigade anti-criminalité (Bac) opérant dans les quartiers nord de Marseille, ont été placés en garde à vue mardi. Le résultat d'une enquête d'un an dans une affaire de corruption présumée, que vous détaille Europe 1.

La Brigade anti-criminalité ou BAC. 630420

© MAX PPP

Des témoignages de riverains pour déclencheur... Tout a commencé par des témoignages d'habitants de cités marseillaises. Ces riverains ont été se plaindre directement dans le bureau du préfet de Police de l'époque, Alain Gardère. Ils ont alors raconté, dans des déclarations très précises, les pratiques présumées de certains agents de la Bac, rapportant des scènes de rackets sur des jeunes dealers ou des revendeurs à la sauvette de cigarettes de contrebande.

>> A lire aussi - Sale affaire pour la police marseillaise

... Mais une rumeur qui trainait depuis longtemps. Les faits n'ont en tout cas pas étonné grand monde dans la cité phocéenne. Karima  habite à deux pas de la cité du Clos la Rose, la plaque tournante du trafic marseillais. "Je ne suis pas tombée des nues", a-t-elle confiée mardi au micro d'Europe 1. Cette Marseillaise avait entendu parler de cette rumeur:  "Alors qu'ils étaient censés être là pour arrêter le trafic de stupéfiants, ils étaient en fait les premiers à en profiter" a-t-elle affirmé. Quant au trafic de cigarettes de contrebande ? "Lorsqu'ils arrêtaient un revendeur, ils lui prenaient son stock et le relâchaient", a-t-elle assuré,  affirmant que toute la cité était au courant.

Une enquête interne pour confirmer. Des policiers qui espionnent d'autres policiers pendant leurs heures de service, avec des écoutes téléphoniques et grâce à des micros placés dans les voitures : c'est une procédure rarissime qui a permis de confondre les premiers policiers qui ont été interpellés mardi, à leur prise de service. D'autres interpellations devaient suivre, "quitte à entendre la moitié des agents de la BAC Nord", a confié un policier à Europe 1. Pour cet agent, de toute façon, "l'abcès a été crevé et maintenant c'est l'hémorragie".

Le Clos la Rose Marseille

© MAXPPP

Des révélations accablantes. L'enquête, diligentée à la demande du directeur du département de la sécurité publique, a révélé les nombreuses pratiques illégales des policiers. De l'argent liquide dissimulé dans des boîtes a notamment été retrouvé au domicile de plusieurs brigadiers. Cet argent aurait servi à l'achat de voitures particulières, ou à la construction de piscines.

Interrogé par Europe 1, Yves Robert, du syndicat national des officiers de police, n'hésite pas à parler "de méthodes de voyous". "Ces fonctionnaires de police employaient parfois des méthodes du grand banditisme. On parle de personnels de police qui partaient cagoulés dans des cités qu'ils étaient censés contrôler et pour lesquels ils se livraient à un véritable raquette organisé", détaille-t-il.

Et maintenant ? Les auditions s'enchainent et la moitié de la Bac Nord s'explique devant les enquêteurs. L'affaire a même pris une telle ampleur que des solutions de remplacement sont à l'étude. Les premières déferrements devraient intervenir dès vendredi. Il n'est pas exclu que certains fonctionnaires soient envoyés directement en prison.