Remorquage du cargo : "un mur d'escalade en trois dimensions" selon Christian Buchet

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Depuis près d'une semaine, le "Modern Express" dérive dans le golfe de Gascogne. Christian Buchet, auteur du "Livre noir de la mer", explique les difficultés de l'opération de remorquage.

INTERVIEW

Voilà plusieurs jours que le Modern Express, cargo de 164 mètres de long, gîte sur le flanc. Christian Buchet, directeur de Centre d'étude de la mer de l'Institut Catholique de Paris (CETMER), membre de l'Académie de Marine et auteur du Le livre noir de la mer, était invité dans la matinale d'Europe 1. Il explique les difficultés de l'opération de remorquage.

Dénivelé de 12 mètres. Le navire transporte 3.600 tonnes de bois et des engins de chantier. Un bâtiment d'envergure qui se trouve actuellement à moins de 100 kilomètres du rivage et qui fait que l'opération de remorquage prévue aujourd'hui est celle de la dernière chance. "Ce que l'on va essayer de faire, c'est de passer un cordage approprié entre les deux navires pour essayer, soit de le remorquer dans un port, soit de faciliter son échouement", décrit le spécialiste. Les difficultés sont principalement dues aux conditions météo et de navigation. "Hier, il y avait des creux de 6 mètres. C'est-à-dire que le navire qui tracte peut monter brutalement de 6 mètres et l'autre descendre brutalement d'autant, ça fait 12 mètres  de dénivelé et quand vous avez une corde au milieu, vu le tonnage qu'il y a de chaque côté, cela implique que le cordage peut se couper", poursuit Christian Buchet.

Mur d'escalade en trois dimensions. Si le bateau ne peut pas se redresser naturellement, c'est, selon le spécialiste, à cause de la cargaison. "A l'évidence les produits ont été mal attachés, à moins que les câbles aient lâché. Tout le poids est du même côté", ce qui explique que le navire soit sur le flanc. "Pour faire passer les câbles, cela revient à faire un mur d'escalade en trois dimensions. En plus, le bateau a du roulis, il va de gauche à droite et de haut en bas. A titre de comparaison, c'est comme s'il y avait un mur d'escalade sur une grande roue qui tourne en même temps." L'équipe de remorquage, dont l'un des membres a été blessée, agit donc sur un "terrain" dangereux.

Échouage. Christian Buchet espère que l'arrivée rapide sur les côtes pourra être retardée et qu'un "échouage de jour", plus facile, sera possible. "Heureusement que nous sommes dans une zone pas très accidentée, avec des fonds sableux. L'idée, c'est d'éviter les rochers à fleur d'eau", conclut Christian Buchet.