Procès Harry Winston : un double braquage jugé aux assises

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Procès Harry Winston : un double braquage jugé aux assises
@ STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
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C’était l’un des coups du siècle. Huit hommes comparaissent à partir de mardi devant la cour d'assises de Paris pour deux braquages survenus en 2007 et 2008 du prestigieux joaillier Harry Winston. 

Ce sont deux braquages qui sont restés dans les annales de la Brigade de répression du banditisme (BRB). Neuf cents bijoux dérobés pour un préjudice record de plus de 100 millions de dollars. A partir de mardi, les huit auteurs présumés de ce double braquage, en 2007 et 2008, du joaillier de luxe Harry Winston, comparaîtront, devant la cour d'assises de Paris. 

En 2007, déguisés en peintres. Leur premier coup d’éclat remonte au 6 octobre 2007. Peu avant 10 heures, quatre hommes armés, cagoulés et vêtus de tenues de peintres, braquent les membres du personnel de la bijouterie située sur la très chic avenue Montaigne, dans le 8e arrondissement de Paris. La veille, profitant de travaux et de la complicité d’un vigile de la boutique,  les malfaiteurs s’étaient cachés dans l’escalier de service où ils avaient passé la nuit. Au réveil, ils menacent, frappent puis ligotent les employés et contraignent le directeur du magasin à désactiver les alarmes et ouvrir les coffres-forts. L’opération dure moins de 30 minutes et le butin récolté, 120 montres et 360 pièces de joaillerie, s’élève à une valeur totale de 26 millions d'euros, selon un bilan apporté à l'époque par la bijouterie, mais jamais confirmé par l'enquête. 

En 2008, travestis en femmes. Un an plus tard, nouveau holp-up dans la même bijouterie Harry Winston. Il est près de 17h45, le 4 décembre 2008, lorsque quatre braqueurs déboulent dans la joaillerie américaine, cette fois-ci par l’entrée principale.  Les comparses parviennent aisément à franchir le sas d’accueil, grâce à la complicité du même agent de sécurité qui n'avait pas été soupçonné la première fois. Ils sont grimés en femmes, coiffés de perruques et de foulards. "Personne ne bouge, sinon je fume tout le monde": les malfaiteurs, très bien renseignés - trop même au goût des enquêteurs -, appellent certains employés de la joaillerie par leurs prénoms et connaissent leurs adresses.

Un braquage record. L’équipe s'empare cette fois de 104 montres et de 297 pièces de joaillerie, avant de prendre la fuite à bord d'une voiture où patientait un complice. L’affaire est pliée en un quart d’heure chrono et se révèle d’une efficacité redoutable. Le bilan de ce casse spectaculaire est en effet estimé à 85 millions de dollars, (73 millions d'euros), soit le plus gros braquage réalisé en France. Un record national qui talonne le casse du siècle mondial : le vol à Anvers, en Belgique, de diamants à hauteur de 100 millions de d’euros.

Un million de dollars de récompense. A casse exceptionnel, prime de recherche exceptionnelle. En effet, pour le joaillier des princesses et stars de cinéma implanté dans toutes les grandes capitales du monde, comme pour son assureur, la coupe est pleine. A l’époque, la Lloyd’s de Londres, assureur d’Harry Winston, propose alors pas moins d’un million de dollars, soit 700.000 euros, en guise de récompense pour toute personne qui aiderait à mettre la main sur les voleurs et les joyaux dérobés. Car si les chiffres du préjudice subi varient de plus ou moins 30% selon les sources, il s'agit de l'un des plus importants vols de bijoux commis dans le monde.

Une enquête confiée à la BRB. C’est la brigade de répression du banditisme (BRB) qui est chargée d’enquêter sur l’affaire. La traque va durer cinq ans. Mais après ces années d’enquête, 493 pièces restent toujours introuvables. Les dossiers des deux braquages ont été joints, la procédure ayant montré la participation de l'un des mis en cause aux deux affaires. C'est à partir de l'étude minutieuse de la téléphonie mobile et d'un renseignement parvenu aux gendarmes de l'office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) que les enquêteurs ont remonté la piste des braqueurs, avec écoutes et filatures, mais aussi celle des revendeurs. Certaines pierres, parfois retaillées, ont été écoulées à 25% de leur valeur en Israël ou sur le marché des diamantaires d'Anvers avec de faux certificats. De plus, la trace ADN de l’un des suspects a été relevée sur un sac oublié lors du second braquage.

"Doudou", le cerveau des opérations. Parmi les accusés poursuivis pour vol en bande organisée, complicité ou recel, figure une vieille connaissance des policiers, Douadi Y., dit "Doudou", 50 ans, qui a déjà purgé 23 ans de détention pour des vols et trafics de stupéfiants. Considéré comme le cerveau du second casse, ce malfaiteur récidiviste minimise néanmoins son rôle, se présentant commun un simple intermédiaire.

Cinq perquisitions. Pourtant, c’est bien dans son logement aux Pavillons-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, que les policiers ont mis la main sur la plus grande partie du butin récupéré. Parmi de nombreuses coupures en liquide, des montres de luxe, ainsi que 19 bagues et trois boucles d'oreille estimées à 14 millions d'euros, dont une pierre précieuse d’une très grande valeur. Pour cela, il aura fallu aux enquêteurs fouiller à cinq reprises le pavillon de "Doudou" avant de mettre la main sur ce trésor : le fameux diamant, était glissé à l’intérieur d’un flacon de shampoing, lui-même planqué dans une cache cimentée dissimulée dans un égout de récupération des eaux pluviales.

Une affaire de famille. Plusieurs membres de sa famille sont également jugés : son beau-frère, Patrick C., 40 ans, son frère, Mohammed A. Y., 59 ans et le fils de ce dernier, Faudile Y., 28 ans. Autre personnage clef du dossier, l’ancien militaire et agent de sécurité chez Harry Winston depuis juin 2007, Mouloud D. Cet homme de 39 ans a reconnu son implication dans les braquages, pour lesquels il a fourni à « Doudou » les informations précieuses sur la bijouterie. Les derniers mis en cause sont Karim D., 32 ans et Farid A., 49 ans, qui ont reconnu les faits et Hassen B., 32 ans, qui les nie mais dont l'ADN a été retrouvé sur un sac à main laissé sur place lors du second braquage.

Le verdict est attendu le 27 février.