Procès de la rixe d'Echirolles : deux morts et douze accusés

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Procès de la rixe d'Echirolles : deux morts et douze accusés
Sur les lieux du drame en octobre 2012, les messages de soutien aux familles fleurissent à côté des photos de Kevin et Sofiane. @ AFP
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En septembre 2012, deux jeunes avaient été lynchés dans une violente rixe sur fond de rivalité entre quartiers de l'agglomération grenobloise. Le procès de ce double meurtre s'ouvre lundi.

Six semaines d'audience et douze accusés pour un double meurtre. Le procès de la mort violente de Kevin et Sofiane, en septembre 2012, lors d'une violente rixe à Échirolles, dans l'Isère s'ouvre lundi devant la cour d'assises de l'Isère. A l'époque, le drame avait ému la France, amenant François Hollande et Manuel Valls à se rendre sur place quelques jours après.  

Les débats pourraient se dérouler à huis clos, deux des accusés étant mineurs à l'époque des faits. Une quarantaine de CRS sont mobilisés pour assurer la sécurité à l'ouverture des débats lundi.

Une rivalité amoureuse comme étincelle. Tout commence le 28 septembre 2012 par une bagarre devant un lycée d'Échirolles. Wilfried, le frère de Kevin, et un autre garçon s'écharpent après un contentieux au sujet d'une jeune fille. Plusieurs affrontements s'ensuivent entre différents groupes des quartiers des Granges à Échirolles et de la Villeneuve à Grenoble. En début de soirée, dans une ambiance d'alcoolisation, une vingtaine de jeunes se regroupent à la Villeneuve afin de venger "la fierté du quartier" et de lancer une expédition punitive.

Coups de couteau, manche de pioche et bouteille. A Échirolles, Kevin est rejoint par son ami Sofiane. Ils patientent dans un parc du quartier des Granges et demandent aux plus jeunes de rentrer chez eux, par crainte des représailles. Le déchaînement de violence ne leur laissera finalement aucune chance. 

Assailli, Kevin, étudiant en master de 21 ans, est transpercé de huit coups de couteau, dont un mortel au poumon. Sofiane, éducateur de 22 ans, est lui poignardé 31 fois, dont neuf fois dans le dos, et frappé au crâne avec un marteau. Il décédera le lendemain de multiples hémorragies internes. Au cours de la vingtaine de minutes qu'a duré la rixe, les assaillants les ont frappés avec marteau, manche de pioche, bouteille de vodka, faisant même usage d'un chien d'attaque, d'un pistolet à grenaille et roulant encore sur une victime en scooter.

Qui a porté les coups de couteau mortels ? L'enquête, complexe, a permis d'identifier la plupart des agresseurs mais n'est pas parvenue à déterminer avec certitude qui avait porté les coups de couteau mortels. Les armes du crime n'ont jamais été retrouvées et la plupart des accusés, sauf deux, ont refusé de "balancer".

Pour contourner ces difficultés, la justice a retenu le principe de la "co-action", estimant que chacun des accusés avait contribué à la mort des victimes en les affaiblissant par des coups. Ou simplement en empêchant Kevin et Sofiane de fuir ou de recevoir de l'aide. Chacun des douze agresseurs est donc accusé d'avoir tué les deux victimes. Cela leur était pourtant matériellement impossible : les deux corps ont été retrouvés à une soixantaine de mètres de distance.

"La matrice à erreur est prête". "C'est un procès très dangereux pour la vérité. La matrice à erreur est prête", accuse Me Ronald Gallo, avocat de la défense. "Ceux qui ont porté des coups mortels, qui ont tué des innocents, doivent être condamnés sévèrement. Mais la justice ne doit pas condamner des innocents pour satisfaire l'opinion publique", abonde Me Bernard Ripert, avocat de deux accusés.

Beaucoup d'avocats doutent cependant que le procès permette de faire la lumière sur les responsabilités de chacun. "Ils sont tous en train de s'épier les uns les autres. Et celui qui parle le fait pour se protéger", résume Me Arnaud Lévy-Soussan. "En six semaines, leur vrai visage va apparaître. Le temps permettra peut-être de délier les langues", veut croire de son côté Me Hafida El Ali, avocate des familles de victimes.

Les accusés encourent trente ans de réclusion criminelle.