Perpignan : comment faire parler l'ADN ?

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Perpignan : comment faire parler l'ADN ?
Un laboratoire de police scientifique à Toulouse@ MAXPPP
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LE POINT DE VUE DE - Sandrine Valade, experte en empreinte génétique, nous ouvre les portes d'un labo de police scientifique.

L'INFO. Cette fois encore, des traces de sang auraient parlé dans une affaire criminelle. Un mois et demi après la disparition à Perpignan d'Allison et de sa mère Marie-Josée, les enquêteurs auraient trouvé une trace correspondant à l'ADN de la jeune fille dans le congélateur du père de famille, Francisco Benitez. Une trace similaire aurait également permis d'isoler l'ADN d'Allison ainsi que, cette-fois, celui de sa mère dans un lave-linge de la caserne où s'est suicidé l'ex-légionnaire. Des résultats d'analyse qui restent à confirmer mais qui accréditent encore un peu plus la thèse d'un double homicide. Comment les laboratoires de police scientifiques travaillent-ils ?

>> Explications avec Sandrine Valade, directrice adjointe du laboratoire de police scientifique de Paris, experte en empreinte génétique près la cour d'appel de Paris, agrée par la Cour de cassation.

• Comment les prélèvements arrivent-ils au labo ? "A partir d'une tâche de sang qui se trouve au sol, sur un mur ou des escaliers, le prélèvement est réalisé par les unités de police spécialisées sous la forme d'un transfert sur écouvillon. Il s'agit en réalité d'un long coton-tige stérile que l'on va humecter avec du sérum physiologique. On va frotter à l'endroit de la trace qui est intéressante et susceptible d'être une trace de sang.  Il s'agit de récupérer cette trace sur l'écouvillon. L'écouvillon est ensuite bien protégé, bien fermé et acheminé au laboratoire pour analyse. Les prélèvements nous arrivent mis sous scellé par les services requérants selon des directives très précises. Ils arrivent au laboratoire, toujours bien fermés et identifiés avec une étiquette de scellé qui indique ce qu'il y a à l'intérieur et où cela a été prélevé".

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© MAXPPP

• Première étape, vérifier la nature de la trace en question "Pour toutes les affaires, nous allons utiliser plusieurs techniques pour croiser les résultats et être surs que l'on a bien du sang ou autre chose,  d'ailleurs. On utilise donc des réactifs chimiques colorés. On en utilise plusieurs pour s'assurer que l'on n'est pas en présence de faux positifs, ce qui peut arriver avec ce type de produit. C'est microscopique, on a besoin de très petite quantité de matériel pour tester cette présence de sang. Si les deux à trois réactifs utilisés s'avèrent positifs, c'est-à-dire conformes au résultat attendu, on va valider notre résultat et dire que l'on est bien en présence de sang".

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© MAXPPP

• Vient ensuite l'analyse génétique. "Une fois que l'on a validé qu'il s'agissait bien de sang, on va découper cette tête d'écouvillon et mettre le coton à macérer plus ou moins longtemps pour tenter de récupérer la totalité des cellules que l'on a pu y récupérer lors du prélèvement. Cette opération consiste a lacérer les fibres de coton que l'on va mettre à tremper dans du liquide physiologique ou de l'eau stérile afin que les cellules puissent se détacher du support. Plus on a de cellules, plus on a de chance d'avoir assez d'ADN pour obtenir quelque chose d'exploitable à l'issue des analyses.  

• Combien de temps pour un résultat ? "Si tout va bien, on peut avoir un résultat en une petite dizaine d'heures. Mais il reste difficile de donner un laps de temps précis : très souvent les prélèvements ne sont pas calibrés. On ne sait pas du tout ce que l'on va avoir comme ADN ou si l'on aura suffisamment de cellules. Il arrive fréquemment dans ce type de prélèvement que l'on procède à des ré-analyses. L'étape analytique est assez longue jusqu'à l'obtention du profil génétique. Il se peut très bien que les premiers résultats ne soient pas satisfaisants donc on va essayer de réanalyser. Il s'agit de retravailler à tel ou tel endroit de la chaîne analytique pour obtenir un profil qui nous satisfait plus qu'en première intention".