"Moi aussi j’ai quelque chose à dire"

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"Moi aussi j’ai quelque chose à dire"
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Deux chercheuses en sciences sociales analysent le rôle des blogs consacrés aux faits divers.

Tenir un blog consacré aux faits divers est une tâche quotidienne, rude, parfois pesante. Pourquoi des anonymes ont-ils choisi de se l’infliger ? Pour Annik Dubied, professeure associée à l’université de Genève, ce qui lie ces blogueurs, c’est une même volonté "d’avoir quelque chose à dire". Une volonté affichée comme un "droit".

Internet ou le mythe de la liberté

Témoins, experts, militants : quand la version donnée par les médias ne suffit pas, ils n’hésitent pas à s’emparer eux-mêmes de ce porte-voix qu’est internet. Pour Annik Dubied, les blogueurs donnent en fait une version des faits "autogérée".

La rubrique "faits divers" se prête d’ailleurs particulièrement bien à cet exercice. "Le fait divers est à la portée de tout le monde. Il n’y a pas besoin de connaissances particulières pour comprendre", rappelle Annik Dubied. Il n’y a pas non plus de "limites", ajoute Isabelle Hare, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Poitiers. Internet, pour elle, continue d’incarner "le mythe de la liberté".

La victime au coeur du blog

La principale différence entre ces blogs et les sites des médias traditionnels, c’est la "subjectivité assumée", estime Annik Dubied. Le nom d’une victime n’a pas été donné pour préserver sa vie privée ? Le blogueur peut choisir de le préciser. Une affaire est ancienne ? Le blogueur a la possibilité de lui donner une seconde vie, même si elle n’est plus dans l’actualité.

Alors que le journaliste met l’accent sur "l’opposition entre victime et coupable et cherche des circonstances atténuantes", le blogueur lui se centre sur la seule victime, ajoute Isabelle Hare.

Au-delà de l’enquête en cours, au-delà de la procédure en justice, "l’humain" est ainsi toujours mis au centre sur les blogs. Mais "parler de soi, de ce qui nous est arrivé sur la place publique", c’est une tendance sociale lourde, qui dépasse internet et les faits divers, conclut Annik Dubied.