Le wingsuit "ne laisse pas de deuxième chance"

  • A
  • A
Le wingsuit "ne laisse pas de deuxième chance"
Trois amateurs de wingsuit sont morts en une semaine dans les Alpes.@ Max PPP
Partagez sur :

ZOOM  - Trois pratiquants ont perdu la vie en une semaine. La série noire interpelle les professionnels.

Le wingsuit poursuit sa série noire. Trois amateurs de wingsuit sont morts en une semaine dans les Alpes. Des drames qui interpellent le pionnier français de ce sport extrême qui "ne donne pas de deuxième chance". "Je suis dans un océan de doutes, je me pose beaucoup de questions comme tous ceux qui pratiquent ce sport à haut niveau", confie, au lendemain de la mort d'un de ses amis en Savoie, Erich Beaud. Ce dernier a été le premier Français, il y a trente ans, à pratiquer ce sport, entre delta plane et chute libre.

Série noire cet été. Samedi vers 20 heures, c'est son ami de 41 ans qui a été découvert au pied d'une falaise par l’hélicoptère des secouristes. L'homme, "très expérimenté" et "réfléchi" venait de s'élancer dans sa combinaison en forme d'ailes du sommet de la Dent de l'Arclusaz, à 2.041 mètres d'altitude, dans le massif des Bauges. Il avait sauté avec un ami, qui inquiet de ne pas le voir à l’atterrissage, a alerté les secours. "On ignore pour l’instant ce qui s’est passé", a indiqué la gendarmerie chargée de l’enquête.

Ce père de deux enfants est la cinquième personne tuée cet été dans les Alpes lors d'un saut en wingsuit. Ce sport extrême a coûté la vie mercredi au Britannique Mark Sutton, le James Bond parachutiste de la cérémonie d'ouverture des JO de Londres 2012. Le cascadeur participait à un rassemblement des meilleurs mondiaux, organisé à Chamonix par une télévision locale spécialisée en sports extrêmes.

wingsuit

© REUTERS

Deux jours plus tard, un Polonais se tuait à son tour en Haute-Savoie. Depuis le début de l'été, deux autres accidents mortels avaient déjà endeuillé la discipline. Le 26 juillet, un Allemand avait percuté un éperon rocheux à Chamonix. Et le 13 août, un autre adepte avait trouvé la mort en Isère sans avoir eu le temps d'ouvrir sa voile. Au total, en 2013, onze adeptes se sont tués en wingsuit dans le monde.

"Une activité très technique". Il faut dire que le wingsuit nécessite une maîtrise bien particulière, notamment de son matériel. Les pratiquants sont en effet vêtus d'une combinaison en fibre synthétique en forme d'ailes leur permettant de planer. Le wingsuit dispose également d'un parachute qu'il déclenche pour freiner la chute et atterrir en douceur. Au cours du vol, qui peut durer deux minutes, ces amateurs d'adrénaline peuvent atteindre la vitesse de 200 km/heure, s'approchant parfois de quelques mètres du relief. "Le wingsuit c'est une activité très technique, plus proche du pilotage que de la chute libre, où on suit des 'lignes' à quelques mètres du sol", résume ainsi Jérôme Rochelle, coach sportif de 48 ans, environ 80 sauts à son CV.

La vidéo de saut de Jeronimo :

"Irresponsabilité" de certains wingsuiteurs. Ces dernières années le wingsuit s'est popularisé au point de s'ouvrir à des personnes moins expérimentées. "Cela fait deux-trois ans que l'on assiste à une augmentation du nombre d'accidents", observe Erich Beaud. "Cela est certainement dû à l'évolution du matériel et des mentalités", ajoute-t-il. Mais pour Stéphane Zunino, professeur de wingsuit dans les Hautes Alpes, cette évolution du matériel ne justifie pas les prises de risques de certains pratiquants. Il déplore en effet l'irresponsabilité de certains wingsuiteurs.

"Il faut passer les étapes progressivement, s'adonner au petit niveau, avant de passer au gros niveau. Mais souvent, les gens court-circuitent les étapes parce que ça ne va pas assez vite pour eux. Ils veulent aller vers ce qu'il y a de plus gros, ce qui fait le mieux voler. Nous avons beaucoup de gens qui nous contactent, sans avoir jamais fait un saut d'avion en parachutisme, et qui veulent faire des stages de wingsuit. Parce qu'ils pensent que l'on coche wingsuit, comme on coche canoë kayak dans les activités d'été", commente le professionnel au micro d'Europe 1.

Les GoPro pointées du doigt. Les petites caméras que les sportifs fixent à  la tête pour filmer leurs "exploits" et les poster sur des sites de partage en ligne ont fait "beaucoup de mal" estime, pour sa part, Erich Beaud, le pionnier du wingsuit. Et de conclure : "certains confondent les jeux vidéo et la réalité. On n'a pas de deuxième chance en wingsuit."