Karachi : le volet corruption trappé

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Karachi : le volet corruption trappé
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Le parquet de Paris délaisse le volet politique de l’affaire pour un aspect plus procédural.

Le parquet de Paris n'ouvrira pas d'information judiciaire pour corruption ou abus de biens sociaux dans le dossier des attentats de Karachi. Le procureur Jean-Claude Marin juge que ces faits sont prescrits et que les plaignants, les familles des victimes de l'attentat de Karachi en 2002, n'ont pas qualité pour agir sur le volet corruption.

L’enquête sur le paiement de commissions occultes en marge d'une vente de sous-marins français au Pakistan avait été lancée dans le cadre des investigations sur l’attentat de Karachi, qui avait fait 15 morts, dont 11 salariés de la Direction des Constructions navales (DCN).

Les enquêteurs soupçonnent les auteurs de l’attentat de Karachi d’avoir voulu se venger pour le non versement de commissions occultes.

Le volet politique mis entre parenthèse

Le versement de quelque 84 millions d'euros de commissions destinées à des officiels pakistanais, soit 10% du contrat, avait été convenu en marge de la livraison de sous-marins Agosta par la Direction des constructions navales au Pakistan.

Sur ces 84 millions, 33 ont été demandés au dernier moment par un intermédiaire libanais, Ziad Takieddine, envoyé par le ministre de la Défense de l'époque, François Léotard. Cet argent pourrait avoir servi au financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995.

Le nom du trésorier de cette campagne, Nicolas Sarkozy, ministre du Budget du gouvernement Edouard Balladur, figure dans des documents saisis par des policiers luxembourgeois. Ce dernier serait à l'origine de la création de deux sociétés créées pour recevoir les commissions litigieuses. Le Président de la République conteste toute implication dans l'affaire et a parlé de "fable" concernant le scénario d'un lien entre l'attentat et la corruption.

"Le procureur de la République n’a qu’un seul souci dans ce dossier, c’est de protéger la présidence de la République et ceux qui, au plus haut niveau de l’Etat, cachent la recherche de la vérité", a dénoncé au micro d'Europe 1 maître Morice, avocat des familles.

Enquête pour "faux témoignage"

Une information judiciaire a cependant été ouverte fin août, mais sur des aspects périphériques de l'affaire, avec les chefs de "faux témoignage" et "entrave à la justice". Elle a été confiée au juge Renaud Van Ruymbeke.

Cette enquête fait suite à la plainte des familles de victime. Ces dernières accusent notamment Jean-Marie Boivin, ancien administrateur d'une société off-shore, Heine, par laquelle auraient transité des commissions sur le contrat d'armement, d'avoir menti au cours d'une audition par le juge antiterroriste chargé de l'enquête.

"Les familles sont extrêmement satisfaites de l’ouverture d’une information judiciaires, et c’est aussi avec la désignation du juge Van Ruymbeke, le gage d’avoir un magistrat indépendant d’une grande expérience, qui lui seul va décider si la piste financière sera ou non examinée", a apprécié maître Morice.