Ce que l'on sait de l'attentat en Isère

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Un terroriste présumé s'est introduit vendredi, à Saint-Quentin-Fallavier, dans une usine classée Seveso et a provoqué l'explosion de bonbonnes de gaz. Le suspect Yassin Salhi, qui était connu des services de renseignements, a été arrêté ainsi que trois autres personnes.

L'ESSENTIEL

Six mois après Charlie Hebdo, la France est à nouveau la cible d'un attentat. Une personne est morte décapitée dans une attaque commise vendredi matin dans une usine de gaz industriels à Saint-Quentin-Fallavier, dans l'Isère, près de Lyon, a-t-on appris de source proche du dossier, confirmant une information du Dauphiné Libéré. La tête de la victime, le patron de l'entreprise où travaillait le suspect, a été retrouvée à l'entrée de ce site appartenant à la société américaine Air Products.

Un suspect a été interpellé, Europe 1 a pu joindre sa compagne en exclusivité avant qu'elle-même ne soit placée en garde à vue, vendredi après-midi.


Attentat en Isère : la compagne du suspect...par Europe1fr

Pour François Hollande, qui s'est exprimé depuis Bruxelles vendredi à la mi-journée, "l'intention ne fait pas de doute, c'est de provoquer une explosion. L'attaque est de nature terroriste dès lors qu'il a été retrouvé un cadavre décapité avec des inscriptions". 

• L'ESSENTIEL : 

- Le bilan définitif fait état d'un mort, décapité

- Cette victime est l'employeur du terroriste présumé

- Le suspect interpellé était fiché par la DGSI

- Quatre personnes sont en garde à vue : le suspect, sa sœur, son épouse et un quatrième individu

- Le parquet antiterroriste se saisit de l'enquête 

- Le plan Vigipirate passe en "alerte maximale" en Rhône-Alpes


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• Une camionnette de transporteur contre les bonbonnes. L'attaque s'est produite vers 9h30, vendredi matin. Selon nos informations, un homme s'est introduit au volant d'un utilitaire de livraison sur le site en montrant patte blanche à l'interphone et s'est vu ouvrir le portail du site. Le terroriste présumé a pu pénétrer sur les lieux car "il avait l'habitude de rentrer dans l'usine pour effectuer des livraisons" et était ainsi connu du personnel, qui lui a ouvert la porte, a précisé François Molins, procureur de la République de Paris, vendredi soir. Le suspect s'est d'abord arrêté dans la cour de ce site classé Seveso avant de projeter le véhicule, à très vive allure, contre des bonbonnes de différents gaz conservées dans un entrepôt couvert, provoquant une très forte explosion suivie d'un incendie. 

• "Jamais je n'aurais pensé à un attentat". Europe 1 a contacté Martine, une voisine de l'entreprise. "On a simplement entendu une explosion, comme un souffle, comme un gros boum. Les vitres ont bougé dans l'hôtel, comme un gros boum. Moi j'ai pensé qu'il y avait eu un souci dans une usine, mais jamais je n'aurais pensé à un attentat. Et on vient d'appendre en regardant les infos ce qu'il s'est passé…"

>> Le témoignage de Martine :


Attentat en Isère : "On a senti comme un souffle"par Europe1fr

• Une mise en scène "djihadiste". Avant de pénétrer sur le site et de provoquer cette explosion, le terroriste présumé aurait eu le temps d'accrocher la tête d'une victime décapitée. Cette tête a été retrouvée suspendue au bout d'une chaîne sur le grillage, entre deux drapeaux : un blanc et un noir portant des inscriptions en arabe. D'après le procureur François Molins, celles-ci concernent la "chahada", la profession de foi en islam.

Le corps de la victime, lui, a été retrouvé un peu plus loin, près du véhicule du suspect. Un couteau a également été retrouvé par les enquêteurs à proximité de l’utilitaire, a précisé le procureur. C'est la première personne décapitée en France lors d'une attaque terroriste, une pratique fréquemment utilisée en Syrie et en Irak par le groupe Etat islamique (EI). L’enquête devra notamment déterminer si la décapitation a eu lieu ante ou post-mortem.

• La victime décapitée était le patron du suspect. Vendredi après-midi, le travail des techniciens en identifications criminelles de la gendarmerie a permis d'identifier la personne décapitée : ce chef d'entreprise était le patron du terroriste présumé. Il allait avoir 55 ans dans deux jours. Son entreprise de transport située à Chassieu, en banlieue lyonnaise, disposait d'une habilitation pour entrer sur le site de la société américaine Air Products.

Le suspect, connu du personnel, est entré facilement sur le site. "Aucun élément ne permet d'affirmer, à ce stade de l'enquête, que l'auteur présumé de l'attentat était accompagné d'un complice dans l'usine de gaz industriels où il a mené son attaque", a indiqué le procureur François Molins. Selon nos informations, l'auteur présumé de l'attentat a été interpellé par deux pompiers alors qu'il tentait d'amorcer une seconde explosion. Il a été blessé à la tête, a priori dans le choc entre la voiture et les bonbonnes de gaz. D'après nos informations, l'assaillant aurait crié alors qu'il était ceinturé par l'un des pompiers : "Allahu Akbar". 

• Le suspect a fait l'objet d'une fiche "S". Selon Bernard Cazeneuve, qui s'est exprimé vendredi matin depuis les lieux de l'attaque, cet homme âgé de 35 ans, se nomme Yassin Salhi. Il avait fait l'objet d'une fiche "S" (pour sûreté de l'Etat) en 2006, non renouvelée en 2008. Fiché pour "radicalisation", le suspect était "en lien avec la mouvance salafiste", avait indiqué le ministre de l'Intérieur. Il avait de nouveau attiré "ponctuellement" l'attention des services de renseignement, entre 2011 et 2014, pour "ses liens avec la mouvance salafiste lyonnaise", a par ailleurs précisé François Molins, vendredi soir. Cet homme originaire du Doubs et père de trois enfants n'avait pas de casier judiciaire.

• Sa femme ne comprend pas. Europe 1 a pu joindre en exclusivité la compagne du suspect, avant qu'elle ne soit interpellée. Celle-ci ne croit pas que son mari ait pu commettre un tel acte.  "Je ne sais ce qui se passe ? Ils l'ont arrêté ?", demande-t-elle. "Il est parti au travail ce matin à 7 heures. Il fait des livraisons. Il n'est pas rentré entre midi et deux, moi je l'attends pour l'après-midi. Ma belle-sœur m'a dit 'allume la télé, il y a le journal'. Et là, elle est en train de pleurer. Moi j'ai le cœur qui va s'arrêter", confie la jeune femme. "Moi je le connais c'est mon mari. On a une vie de famille normale. Il part au travail, il rentre", explique-t-elle.  "Là il n'y a même pas de connexion, il est sur messagerie", raconte-t-elle. 

"Nous sommes des musulmans normaux. On fait le ramadan. On a trois enfants et une vie de famille normale", assure la compagne du suspect. "Qui je peux appeler pour qu'il me donne plus de renseignements parce que là je ne comprends rien", demande-t-elle paniquée, avant de confier : "J'ai peur de faire quoi que ce soit". 

Intervention du Raid au domicile du terroriste présumé. A 14h30, une intervention du Raid a lieu au domicile de Yassin Salhi, résidant au premier étage d'un immeuble social de la petite ville ouvrière de Saint-Priest, dans la banlieue lyonnaise. Le suspect était arrivé dans la région, en provenance de Besançon dans le Doubs, depuis la fin de l'année 2014. A l'issue de cette opération, la sœur du suspect et sa femme, qui avait témoigné en exclusivité auprès d'Europe 1, ont été interpellées et mises en garde à vue.

Le Raid en intervention au domicile du suspect.

Le Raid en intervention au domicile du suspect. © Jean-Luc Boujon


Quatre gardes à vue. Au total, quatre personnes ont été mises en garde à vue vendredi : Yassin Salhi le principal suspect, son épouse et sa sœur, ainsi qu'une quatrième personne. Cette dernière a été placée en garde à vue pour le chef d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, a annoncé le procureur François Molins, vendredi soir.

Par ailleurs, un homme qui avait été repéré dans les parages du site de l'attentat et arrêté plus tôt dans la matinée a, quant à lui, été rapidement relâché, après avoir été mis hors de cause.

• Une perquisition dans l'entreprise du suspect et de la victime décapitée. Vendredi en fin d'après-midi, une perquisition a été effectuée dans les locaux de l'entreprise de livraison où travaillaient la victime décapitée et l'auteur présumé de l'attentat. L'accès à cette entreprise, située dans une ZAC, était barré par la police. "Il s'agit d'établir l'environnement de la victime et du suspect" dans le cadre de l'enquête, a précisé une source proche du dossier.

Le parquet antiterroriste ouvre une enquête. Le parquet antiterroriste s'est saisi de l'enquête, a annoncé le procureur de Paris, François Molins. Les investigations, ouvertes notamment pour "assassinat et tentative d’assassinat en bande organisée et en relation avec une entreprise terroriste, destruction et dégradation en bande organisée, association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", ont été confiées à la Sous-direction anti terroriste (SDAT) et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). 

• Hollande a convoqué un Conseil de défense. Le chef d'Etat, qui participait vendredi à un sommet européen à Bruxelles, est rentré "en tout début d'après-midi" afin de tenir un Conseil de défense. A 14h30, le président Hollande est arrivé à l'Élysée, pour présider ce conseil restreint où étaient conviés : le Premier ministre Manuel Valls - en visio-conférence depuis la Colombie - et les ministres des Affaires étrangères, Laurent Fabius, de la Justice, Christiane Taubira et de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Un nouveau conseil restreint présidé par François Hollande se tiendra samedi à 11 heures à l'Élysée. 

• Vigipirate au niveau maximal en Rhônes-Alpes. A l'issue de ce premier Conseil de défense, le président de la République a annoncé que le plan Vigipirate était porté "en alerte maximale" durant trois jours en Rhône-Alpes, avant d'appeler à "l'unité" face au terrorisme. Plus tôt dans la journée, Manuel Valls avait ordonné une "vigilance renforcée" sur tous les sites sensibles de Rhône-Alpes.

Sur le site de la société Air Products, un très important dispositif de gendarmerie a été déployé tout au long de la journée. Les pompiers ont également été mobilisés en nombre. Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, en déplacement dans la région, s'est rendu immédiatement sur les lieux.

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