Filières djihadistes : "le fléau s'accroit de jours en jours"

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Filières djihadistes : "le fléau s'accroit de jours en jours"
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INTERVIEW E1 - Le sénateur PS Jean-Pierre Sueur, rapporteur de la commission d'enquête parlementaire sur les filières djihadistes, était l'invité de Jean-Pierre Elkabbach mercredi matin.

"Le nombre de personnes françaises qui sont aujourd'hui en Syrie, a augmenté de 84% en un an", a rapporté le sénateur PS du Loiret et ancien maire d'Orléans Jean-Pierre Sueur. Le vice-président de la commission des lois au Sénat et rapporteur de la commission d'enquête parlementaire pour lutter contre les filières djihadistes était l'invité de Jean-Pierre Elkabbach, mercredi au micro d'Europe 1.

"Une œuvre de longue haleine". Selon le sénateur, "le nombre de signalements augmentent. Et je pourrais citer des quantités de chiffres : en réalité, le fléau s'accroit et il s'accroit de jours en jours. Nous disons que le gouvernement a bien fait de prendre toute une série de mesures mais que ceux qui croient que l'on va en sortir au bout de quelques semaines ou quelques mois se trompent. C'est une œuvre de longue haleine", insiste le sénateur.

"Deux facteurs forts : l'Internet et les prisons". Dans son rapport, la commission d'enquête du Sénat note deux principaux facteurs pouvant amener de jeunes Français à emprunter les chemins du djihad. "Après avoir tout examiné, il y a deux facteurs forts : l'Internet et les prisons", explique Jean-Pierre Sueur. Et selon lui, la religion n'a rien à voir avec ce choix : "la plupart des gens qui partent là-bas ne connaissent à peu près rien au Coran, ou des conceptions complètement fausses du Coran".

Ces filières djihadistes sont présentes sur le territoire national "par de nombreux réseaux, et notamment par l'Internet. Ils sont très bons dans l'Internet", précise-t-il. La radicalisation se fait de "moins en moins" dans les mosquées. "C'est ailleurs", poursuit le rapporteur. Ailleurs, et notamment dans les prisons, donc. "Il y a aujourd'hui 152 personnes dans les prisons françaises pour association de malfaiteurs en vue de commettre un acte terroriste. Mais il y a des gens qui sont dans les prisons pour d'autres griefs et qui sont aussi susceptibles d'être radicalisés", précise-t-il.



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Des aspirants djihadistes de tous horizons. "On nous a dit : il y a des décrocheurs (scolaires). Mais il y a également des gens très intelligents et très diplômés qui partent pour Daesh (le groupe djihadiste Etat islamique, établi en Syrie et en Irak, Ndlr)", explique Jean-Pierre Sueur.  "On nous a dit : c'est les quartiers difficiles. Mais je peux vous citer des jeunes qui sont dans des villages de Normandie, qui ont fait des études dans des établissements religieux privés, qui franchement ne posent aucun problème. Sauf que, ils sont branchés pendant x heures par jour sur Internet. Et sur Internet, il y a des réseaux terribles", déplore-t-il.

Renforcer le renseignement et la déradicalisation en prison. "Il y a aujourd'hui un bureau du renseignement pénitentiaire, constitué de 13 personnes pour toute la France et de huit correspondants interrégionaux", explique Jean-Pierre Sueur. "Il en faudrait 100", estime-t-il avant d'ajouter, "nous demandons que l'on multiplie (les effectifs spécialisés) par trois dans un premier temps".

Interrogé sur la pertinence de l’expérimentation de l'isolement des détenus djihadistes menée à la prison de Fresnes, l'élu explique que le rapport propose des regroupements "de dix  personnes, pas plus", car les gardiens de prison craignent que ces quartiers ne deviennent des "cocottes-minutes" et que "la radicalisation n'entraine de la super-radicalisation". D'autre part, disperser ces détenus reviendraient à faire "prospérer la radicalisation partout". Le rapport prône donc "un encellulement individuel afin de les isoler et travailler à leur déradicalisation".

>> Retrouvez l'interview de Jean-Pierre Sueur dans son intégralité :



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