Crash de l'A320 : le copilote a voulu détruire l'avion

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Crash de l'A320 : le copilote a voulu détruire l'avion
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L'ESSENTIEL - La journée de jeudi a été marquée par l'hommage des familles à leurs proches tandis que l'enquête, elle, a connu un rebondissement : le copilote Andreas Lubitz, seul aux commandes, a volontairement précipité l'A320 vers le sol.

Deux jours après le crash de l'Airbus A320 de Germanwings, mardi, près de Digne dans les Alpes-de-Haute-Provence, l'heure était au recueillement, jeudi. L'appareil transportait 144 passagers et six membres d'équipage, faisant de ce crash la pire catastrophe aérienne sur le territoire français depuis plus de 30 ans. Jeudi, les familles des victimes se sont rendues sur les lieux aux environs du crash alors que la première boîte noire a livré des éléments sur le scénario du drame entraînant un véritable rebondissement dans l'enquête. 

#Ce qu'il faut retenir

- Le copilote a eu manifestement "une volonté de détruire l'avion"

- Les premiers corps ont été hélitreuillés, d'autres opérations sont en cours

- Les proches des victimes sont arrivés jeudi sur les lieux du crash pour se recueillir

#L'enquête

Le copilote avait "la volonté de détruire l'avion". Les investigations ont connu un premier développement d'importance jeudi avec l'analyse des données de la première des deux boîtes noires de l'appareil, le "cockpit voice recorder" (CVR), qui enregistre tous les sons de la cabine de pilotage. 

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Selon les analyses audio de la boîte noire retrouvée, le copilote était enfermé dans le cockpit et le commandant de bord était bloqué à l'extérieur, au moment de la descente de l'appareil. D'après le procureur de la République de Marseille, "le copilote, par une abstention volontaire, a refusé d'ouvrir la porte de la cabine de pilotage au commandant de bord et a actionné le bouton commandant la perte d'altitude". Autant d'éléments qui, selon le procureur de Marseille, s'apparentent "à une volonté de détruire l'avion".

De son côté, le commandant de bord, qui s'était absenté pour "vraisemblablement satisfaire un besoin naturel", a essayé, en vain, de rentrer dans le cockpit. Toujours selon les analyses audios, le copilote est resté muet durant sa manœuvre, mais il "a continué à respirer normalement" jusqu'à l'impact, preuve qu'il était en vie. "Malgré toutes les normes que nous appliquons, on ne peut jamais empêcher qu'un tel évènement ne puisse se produire", a réagi jeudi le PDG de la Lufthansa, ajoutant "qu'aucun système au monde ne pourrait empêcher" l'acte du copilote.

La réaction des compagnies aériennes. En réaction à ces nouveaux éléments de l'enquête, plusieurs compagnies aériennes, dont Air Canada et EasyJet, ont annoncé jeudi la présence permanente de deux personnes dans le cockpit. Jeudi soir, le gouvernement canadien a même rendu obligatoire cette double présence pour toutes les compagnies aériennes du pays, une mesure entrant en vigueur "immédiatement" selon la ministre des Transports.

Le suspect "100% apte à piloter un avion". Andreas Lubitz, 28 ans, était originaire de la région de Düsseldorf, en Allemagne. "Le copilote a suivi une formation à Phoenix, aux Etats-Unis, et est devenu premier officier en septembre 2013. Il était à 100% apte à piloter un avion. Ses capacités techniques étaient excellentes", a insisté le patron de la Lufthansa. Andreas Lubitz était toutefois bien moins expérimenté que le commandant de bord qui, lui, avait 10 ans d'expérience et plus de 6.000 heures de vol.

Andreas Lubitz

© CApture d'écran Facebook

Selon le PDG de la Lufthansa, "il y a six ans, le copilote avait interrompu sa formation, et cela a duré quelques mois. Mais ce n'est pas inhabituel chez nous". Ce dernier n'a toutefois pas indiqué les raisons qui ont poussé le copilote à interrompre sa formation, qu'il a ensuite repris, en repassant tous les tests médicaux et les examens techniques. Le patron de la compagnie aérienne précise que des tests ont lieu très régulièrement et qu'un contrôle médical est effectué une fois par an. "Des investigations sont en cours pour connaître l'état de santé mentale du pilote", poursuit le ministre des Transports allemand.

Parallèlement à cela, des perquisitions étaient en cours jeudi soir, aux deux domiciles du copilote, dans l'ouest de l'Allemagne. "Les perquisitions concernent aussi bien l'appartement du copilote à Düsseldorf que son logement à Montabaur", où il vivait une partie du temps chez ses parents, a indiqué le procureur Ralf Herrenbrück, précisant un communiqué de ses services évoquant "plusieurs perquisitions" dans le pays.

Pas "le moindre indice" sur le motif. Pour l'heure, il n'y a pas "le moindre indice" sur les raisons qui ont poussé le copilote à précipiter l'avion contre la montagne. Le procureur de Marseille a précisé que le suspect n'était "pas répertorié comme terroriste". Une information confirmée par le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, qui assure qu'il n'y avait "pas d'indice d'un contexte terroriste" chez le copilote. Brice Robin réfléchit, par ailleurs, "à une requalification de l'enquête". Ouverte dans un premier temps pour "homicides involontaires", l'enquête pourrait donc être requalifiée pour "homicides volontaires".

Écoutez le procureur de la République de Marseille :

Des détails sur le moment de l'impact. Brice Robin a précisé que le crash a eu lieu en deux temps, avec un premier choc sur un talus, avant que l'avion ne s'encastre sur une montagne. "Nous n'entendons des cris qu'à la fin, dans les toutes dernières minutes, juste avant l'impact", a rapporté le procureur, précisant qu'ils ne s'étaient rendus compte du drame que dans les tous derniers instants. La mort des passagers "a été instantanée", a-t-il également assuré.

La chancelière allemande Angela Merkel a estimé jeudi que la "tragédie" du crash prenait "une dimension totalement inconcevable" avec les informations selon lesquelles le copilote a sans doute précipité volontairement l'avion vers le sol.

#Le recueillement des familles de victimes

Les familles des victimes du crash se sont recueillies, jeudi, à proximité des lieux où s'est écrasé l'appareil mardi. Les proches des 150 victimes (144 passagers et six membres d'équipages) avaient quitté en autocar, peu après 13h30 jeudi, l'aéroport de Marseille-Marignane, où le procureur de la République de Marseille Brice Robin leur avait fait un point sur l'enquête.

Dans les Alpes-de-Haute-Provence, les familles ont été scindées en deux groupes : les proches de membres de l'équipage de l'avion se sont rendues à Seyne-les-Alpes, et les familles des passagers au Vernet, à quelques kilomètres de distance. Au Vernet, sept autocars au total ont amené les proches des 144 passagers morts dans la catastrophe. A leur descente des véhicules, les familles - près de 300 personnes au total - ont été accueillies par des membres du corps préfectoral et par les autorités consulaires de leurs pays respectifs.



Tous se sont ensuite rendus devant un gîte qui abrite depuis mardi la chapelle ardente dans laquelle François Hollande, Angela Merkel et Mariano Rajoy se sont recueillis mercredi. Devant ce bâtiment, les proches des passagers ont observé un moment de recueillement, devant des drapeaux de leurs pays tenus à l'horizontale par des gendarmes et des pompiers, face à la montagne sur laquelle l'A320 s'est écrasé. Ils ont ensuite rendu hommage aux leurs devant une stèle en trois langues - français, allemand, espagnol.

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© AFP

Jeudi, peu après 20 heures, les autocars transportant les familles des victimes ont quitté les environs du crash de l'A320. "L'immense majorité des familles des victimes est repartie", a ainsi précisé Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère de l'Intérieur. Certaines devaient passer la nuit sur place ou à Marseille et dans les environs, d'autres rentrer chez elles, en Allemagne ou en Espagne dans la soirée.

#Les opérations sur la zone du crash

 Les premiers corps, ou restes, des 150 victimes, dont 75 allemands, de l'accident de l'Airbus de Germanwings, ont été hélitreuillés mercredi par les équipes de secours sur le lieu du drame. Les opérations sur le site "ont repris" jeudi "vers 7h45" et des médecins légistes, accompagnés de gendarmes spécialisés montagnes, ont été hélitreuillés sur le lieu de l'accident, à 1.500 mètres d'altitude dans cette zone difficile d'accès. "Nous parcourons le site et nous nous signalons par des cris. Nous préparons alors l'évacuation et demandons aux personnes pouvant se déplacer de se regrouper sur un endroit sécurisé", détaille au Figaro Frédéric Petitjean, le médecin qui coordonne les secours médicaux.

Voici une infographie du New York Times sur la zone du crash :

Comme les jours précédents, plus de 300 gendarmes, 280 policiers, une centaine de sapeurs-pompiers, 70 chasseurs alpins venus de Gap, ainsi qu'une dizaine de médecins-légistes, sont mobilisés pour les opérations de recherche et d'enquête. Les prélèvements sur des familles pour les analyses ADN "vont commencer cet après-midi" a-t-on appris auprès de la gendarmerie. L'identification des corps prendra "des jours et même des semaines", a prévenu le procureur de Marseille Brice Robin.

L'agence européenne de sécurité aérienne (AESA) a également dépêché des experts pour assister les équipes du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), a indiqué jeudi son directeur exécutif Patrick Ky. Il s'agit également, a-t-il ajouté, de "veiller à ce qu'éventuellement des actions immédiates puissent être prises pour diminuer le risque que de tels accidents ne se reproduisent".