DOCUMENT - Arnaque aux faux virements : comment des entreprises perdent des millions

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DOCUMENT - Arnaque aux faux virements : comment des entreprises perdent des millions
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ENQUÊTE - En trois ans, 250 millions d'euros se sont ainsi envolés. Europe 1 décrypte cette escroquerie qui cible les grands groupes français.

ARNAQUE. Le chiffre est impressionnant : 250 millions d'euros. C'est ce qu'ont perdu, au cours des trois dernières années, plusieurs entreprises françaises qui sont tombées dans le panneau des escroqueries dites "aux faux virements". Le phénomène est récent mais il est déjà au cœur de près de 150 affaires au total. Encore très récemment, une filiale de Géant Vert, implantée dans le Sud-Ouest, a été victime de cette arnaque. 17 millions d'euros ont alors quitté ses caisses. Début janvier, raconte mercredi L'Est républicain, le directeur d'une importante société du Doubs est passé à deux doigts d'un virement de quatre millions d'euros. tandis qu'une entreprise installée dans le Territoire de Belfort a, elle, perdu 876.000 euros, "sous prétexte d'une migration complète du système comptable".

>> Par quel tour de "passe-passe" ? Grâce à un employé pensant bien faire mais qui a, en réalité, été berné malgré lui. Comment procèdent les escrocs ? Europe 1 décrypte pour vous cette arnaque d'un nouveau genre.

Au téléphone, l'escroc se fait passer pour le grand patron. Le principe même de cette arnaque consiste pour les escrocs à identifier un employé de l'entreprise, un comptable d'une filiale par exemple, et à prendre contact avec lui par téléphone. L'aigrefin se fait alors passer pour le grand patron et prétend livrer une confidence à l'employé : l'entreprise est en danger. Pour la sauver, avance le faux patron, il faut virer plusieurs centaines de milliers d'euros sur un compte, en Chine par exemple. Pour que ce geste, prétendument salutaire, soit couronné de succès, il faut que personne ne soit au courant.

 >> DOCUMENT EUROPE 1 - Les escrocs opèrent au culot, en se montrant très persuasifs, comme le montre cet enregistrement qu'Europe 1 s'est procuré :



Au téléphone, l'employée n'ose pas résister. Tout se joue sur la pression : il faut convaincre le salarié que l'entreprise va être sauvée grâce à lui.

Pourquoi les employés se laissent-ils berner aussi facilement ? Simple au premier abord, l'arnaque est en fait bien préparée, avec tout un travail de collecte d'informations en amont. Car au-delà de l'aspect psychologique, l'escroc doit être crédible. Et pour cela, les malfaiteurs disposent d'un formidable outil : internet et la mine de données qu'il représente. Tout y est : l'organigramme de la société avec les noms de chacun, les bilans commerciaux, et même souvent les signatures manuscrites des patrons.

homme telephone photo d'illustration MAXPPP 930620

De l'importance de la discrétion sur internet. Un problème que l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDf) de la police nationale a d'ores et déjà bien cerné et les policiers font désormais de la prévention au Medef. Pour Jean-Marc Souvira, le chef de l'OCRGDF, le Web représente la véritable faiblesse des entreprises.

"L'escroc peut très bien aller fouiller le compte Facebook d'une entreprise et découvrir que les salariés se sont réunis lors de séminaires", explique-t-il au micro d'Europe 1. "Quand il va téléphoner au salarié ciblé, il va lui demandé 'hier il y avait une séance de tir à l'arc entre l'équipe des tee-shirts verts et des tee-shirts rouges, vous étiez dans quelle équipe ?", décrit le policier, précisant que "le fait de dire simplement cette phrase casse automatiquement, de manière presque subliminale, une barrière puisque cela fait partie de l'intimité de l'entreprise".  

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© REUTERS

Des filières difficiles à remonter. L'an dernier, les plus grosses escroqueries ont atteint un préjudice de 25 millions d'euros avec des filières très difficile à remonter. Le pactole est en effet viré en plusieurs fois sur le compte en Chine. La mafia chinoise intervient alors en se versant une commission avant d'envoyer le reste des fonds vers une autre destination, souvent vers Israël, où résident les malfaiteurs.