Bâtonnier victime des tirs d’un avocat : "je savais que le drame allait arriver"

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Henrique Vannier, qui s’est fait tirer dessus à plusieurs reprises par un avocat de Melun, revient sur son agression.

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Il se considère comme un miraculé. Le bâtonnier de Melun, grièvement blessé jeudi dernier par un avocat, témoigne sur Europe 1. Ce jour-là, Henrique Vannier a été visé à quatre reprises dans son bureau par l'un de ses collègues, Me Joseph Scipiliti. Ce dernier a ensuite retourné l'arme contre lui. Il est mort. Une scène que le bâtonnier raconte avec encore énormément d'émotion.

"Son arme braquée à 50 centimètres de mon cœur". Après une semaine passée alité, Henrique Vannier est autorisé à s’asseoir. C’est comme ça qu’il nous accueille, avec ses pansements et ses cicatrices apparentes sous ses vêtements. Un homme étonnant, qui semble avoir le moral, une force de vivre, de survivre même. car ce jeudi matin, le jour du drame Henrique Vannier a fait preuve d’un courage et d’un sang-froid remarquable.

Ce jour-là, aux alentours de 9h30, l'avocat entre dans le bureau du bâtonnier du barreau de Melun, avec qui il avait rendez-vous. L'avocat sort alors son arme. "J’ai posé mon téléphone, il avait déjà braqué l’arme à 50 centimètres de mon cœur, face à moi. Il m’a dit : ‘tu ne bouges pas’. J’avais des documents à proximité que j’ai jetés contre l’arme, j’ai essayé de passer au-dessus du bureau pour récupérer l’arme. Finalement, je me suis rapproché de lui, il a tiré tout de suite", raconte-t-il la gorge serrée.

Voici le témoignage d'Henrique Vannier :


Henrique Vannier : "je savais que le drame...par Europe1fr

"Est-ce que tu me laisses appeler ma maman ?" L’avocat va alors tirer sur lui à quatre reprises. "La première me touche au niveau du cœur, mais ne touche pas l’organe, tant mieux. Je tombe, je fais un bond de quasiment deux mètres parce que je suis très proche de l’arme. La deuxième, il me vise la tête pour m’achever, je me protège avec mon bras gauche. La troisième me touche au niveau du pectoral droit, ressort dans l’épaule. J’arrive à me relever mais je n’ai plus de force dans les bras. Je suis assis contre un mur. Il essaie de m’achever une deuxième fois d’une balle dans la tête, j’arrive à esquiver. Et durant huit minutes, il vient vers moi en tentant de m’achever, mais en ne tirant plus contre moi", se souvient-il.

Avec le peu de force qu’il lui reste, Henrique Vannier tente d’appeler son agresseur à la raison. "Il se met à prendre des médicaments et de l’alcool. J’essaie de le raisonner en lui disant, droit dans les yeux : ‘j’ai compris que tu allais aller au bout de ton acte. Est-ce que tu me laisses appeler ma maman ?’ Il m’a dit : ‘surement pas’", raconte encore Henrique Vannier.

"Je l’ai convaincu". Se pensant condamné, il tente le tout pour le tout, en implorant l’avocat de l’épargner. "Je commence à avoir de moins en moins de force pour parler. Je lui ai juste dit : ‘je te laisse deux choix : soit, si tu me tires dans la tête tu épargnes mon visage pour que mes enfants puissent me voir, soit tu me laisses vivre pour que mes enfants Jules et Théo, de 7 et 10 ans, puissent avoir un papa’. Là, je l’ai convaincu", rapporte-t-il encore sonné. Son agresseur retourne alors l'arme contre lui et met fin à ses jours.

Des menaces qui dataient de plusieurs mois. Cette tentative de meurtre, Henrique Vannier se doutait qu’elle arriverait un jour. La menace n’était pas nouvelle. La victime avait reçu plusieurs lettres. Il avait même donné l’alerte. "Depuis janvier 2014, c’est quelqu’un qui a décidé, toutes les semaines, de m’écrire des lettres de menaces. Et tous ces courriers laissaient présager le drame. Ça fait six mois que je sais que le drame va arriver. Ça fait un mois que je suis sur le qui-vive, mais plutôt à mon domicile et à mon cabinet, pensant qu’au palais de justice je suis en sécurité. Mais ça s’est passé au palais de justice", rappelle-t-il avec amertume.

"J’ai toujours pris au sérieux ces menaces". Et de raconter son quotidien fait d’angoisses incessantes : "On fait attention quand on arrive dans le parking le matin au cabinet. On fait attention quand on en ressort. On fait attention quand on accueille un client. On fait attention quand on rentre à son domicile, quand on rentre sa voiture dans la cour de ma maison, alors que je ne le faisais pas avant. On fait attention à la venue ou pas de ce personnage. On fait attention au fait qu’il a une valise à roulette. Et finalement, je ne fais pas attention, la seconde de trop, qui fait qu’il a le temps de me tirer dessus le 29 octobre", réagit-il.

Lui qui avait pourtant donné l’alerte. "J’ai toujours pris au sérieux ces menaces. J’ai exposé la situation au procureur de la République qui m’a répondu, une réponse de procureur, qui est digne : ‘il faut déposer plainte’. Je lui ai dit : ‘je suis avocat de l’ordre des avocats de Melun et un bâtonnier ça ne dépose pas plainte contre un avocat. On m’a alors répondu qu’il fallait envisager que la chose n’était peut-être pas si grave que ça. Finalement elle l’était", déplore-t-il.

Malgré ce constat alarmant, Henrique Vannier n’entretient aucune rancœur, ni envers son agresseur, ni envers la justice. Il veut simplement reprendre des forces et retrouver sa famille qu’il pensait avoir perdue.