Attentat en Isère : l'enquête progresse autour de Yassin Salhi

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Attentat en Isère : l'enquête progresse autour de Yassin Salhi
@ JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
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L’auteur présumé de l’attaque de Saint-Quentin-Fallavier, qui a passé une seconde nuit en garde à vue, a commencé à parler. On sait désormais que le terroriste présumé a envoyé un selfie macabre avec la tête de sa victime juste avant l'attaque. 

L'ESSENTIEL

Un attentat a frappé vendredi une usine de gaz industriel à Saint-Quentin-Fallavier, une commune de l'Isère située entre Bourgoin-Jallieu et Lyon. Un homme a été tué et retrouvé décapité, dans une mise en scène particulièrement macabre. Yassin Salhi, le suspect arrêté vendredi, est marié et père de trois enfants. Il a passé une seconde nuit en garde à vue. Après être resté mutique, il a commencé à s'expliquer samedi. Il devrait être transféré dimnanche dans les locaux de la police antiterroriste près de Paris.

• L'ESSENTIEL :

- Le suspect a commencé à parler aux enquêteurs

- Une ancienne voisine avait signalé sa radicalisation

- Yassin Salhi a envoyé un selfie avec la tête de sa victime

D'abord mutique, Yassin Salhi commence à parler. Comme vendredi après son interpellation, quant il refusait même de donner son nom, Yassin Salhi est d'abord resté mutique face aux enquêteurs lors de sa première nuit de garde à vue, selon les informations recueillies par Europe 1. Samedi soir, il a commencé "à s'expliquer sur le déroulement des faits". L'homme doit être transféré dans la journée de dimanche dans les locaux de la police antiterroriste près de Paris.

Quant à sa femme et sa sœur, elles expriment toujours la même stupéfaction dont la compagne avait déjà fait part vendredi à l'antenne d'Europe 1. Toujours selon nos informations, un ordinateur a été saisi par les enquêteurs au domicile du suspect, mais aucune arme, ni aucun drapeau ou matériel de propagande n'ont été retrouvés dans l'appartement. 

Deux photographies macabres. Selon des informations Europe 1, les enquêteurs ont retrouvé dans le téléphone portable du suspect deux photographies. Sur la première, la tête de la victime apparaît et sur la deuxième, Yassine Salhi prend la pose à côté de la tête. Le suspect a même envoyé ce selfie, via l'application de messagerie instantanée Whatsapp, selon des sources proches du dossier. Son destinataire : un numéro nord-américain, dont la localisation n'est toutefois pas établie, car il pourrait s'agir d'un simple relais avant un rebond vers une autre destination. Les enquêteurs vont désormais tenter de retracer le trajet de ce cliché pour identifier son destinataire.

Aucune revendication d’un groupe djihadiste. Contrairement au massacre commis en Tunisie, qui a tout de suite été revendiqué par le groupe Etat islamique (EI), samedi matin aucun groupe n’avait encore réclamé la paternité, ni même salué pour s’en féliciter, les actes commis à Saint-Quentin-Fallavier. Est-ce pour autant un signe que Yassin Salhi est ce que l’on appelle un loup solitaire ? A-t-il décidé tout seul de commettre cet attentat et de décapiter son patron avec une mise en scène macabre inspirée des vidéos de propagande en provenance de Syrie ? C’est évidemment tout l’objet de l’enquête.

Une fiche "S" non renouvelée...  A ce stade des investigations, aucun élément ne laisse penser que Yassin Salhi avait des complices sur les lieux ou qui l’auraient aidé à faire des repérages. L’auteur présumé de l’attentat connaissait bien l’usine : il y faisait des livraisons régulières. Le terroriste présumé avait été repéré par les services de renseignements en 2006 et faisait l’objet d’une fiche "S", sûreté de l’Etat, signalant sa radicalisation. Elle n’avait cependant pas été renouvelée après 2008.

...puis un nouveau signalement en 2014. Le nom de Yassin Salhi est toutefois réapparue plus tard dans plusieurs notes, dont la dernière au printemps 2014, pour ses contacts avec la mouvance salafiste de Besançon et dans la région lyonnaise, sans lien qu’un lien ne soit établi avec une mouvance djihadiste ou terroriste. A l'origine de cette "mise à jour", le témoignage à l'époque d'une ex-voisine qui s'est confiée vendredi à Europe 1


Attentat en Isère : elle a signalé la...par Europe1fr 

Au printemps 2014, sans doute sensibilisée la mise en place de la plate forme de signalement du Ministère de l'Intérieur, cette habitante de Besançon a appelé les gendarmes pour exprimer son inquiétude et ses soupçons sur son voisin, Yassin Salhi. 

Friture sur la ligne du renseignement. Les gendarmes ont transmis l'information au Service central du renseignement territorial (SCRT), l'équivalent des anciens Renseignements généraux, implanté dans chaque département. La mission de ce service est de traiter ce que l'on appelle dans le jargon les "signaux faibles". Une note est ainsi rédigée le 16 mai 2014 et, selon nos informations, le cas Yassin Salhi est évoqué plusieurs fois à la préfecture du Doubs, lors de réunions hebdomadaires qui rassemblent tous les services chargés de suivre les cas de radicalisation.

Le souci, nous explique-t-on au ministère de l'Intérieur, est que cette voisine n'a jamais voulu rencontrer les policiers spécialisés. Peut être par crainte d'etre mal vue dans son quartier. Ainsi, en fin d'année, c'est la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui a pris le relais. Elle a sollicité tous les opérateurs téléphoniques pour trouver les numéros de téléphone du suspect afin de le placer sur écoutes. Sans résultat : aucun abonnement n'a été ouvert au nom de Yassin Salhi. Peut être parce que c'est à cette époque que ce dernier a déménagé dans le Rhone, à Saint-Priest. De toute évidence, son cas n'a pas été jugé prioritaire : son nom est aujourd'hui enregistré dans l'annuaire.

L'émotion à Saint-Quentin-Fallavier. Les habitants de la bourgade industrielle, située à environ 35 kilomètres de Lyon, théâtre de l'attentat de vendredi, ont observé une minute de silence devant l'hôtel de ville. A Fontaines-sur-Saône, où résidait l'entrepreneur assassiné, les habitants ont rendu hommage à cette figure très appréciée dans son quartier.