Attentat en Isère : Salhi reconnaît l'assassinat de son patron

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Attentat en Isère : Salhi reconnaît l'assassinat de son patron
@ PHILIPPE DESMAZES / AFP
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L’auteur présumé de l’attaque contre l’usine de Saint-Quentin-Fallavier a envoyé un selfie avec la tête de sa victime à un Français basé en Syrie. 

L'ESSENTIEL

Deux jours après l’attentat contre l’usine Air products de Saint-Quentin-Fallavier, dans l’Isère, Yassin Salhi a passé une seconde nuit en garde à vue. D’abord mutique, le terroriste présumé, qui aurait décapité son employeur et attaché sa tête au grillage de l’usine vendredi, a commencé à répondre aux enquêteurs samedi soir. L'homme a notamment reconnu l'assassinat de son employeur, retrouvé décapité sur les lieux de l'attaque. 

• L’ESSENTIEL :

- Yassin Salhi reconnaît l'assassinat de son employeur

- Il évoque des motivations d'ordre personnelles  

- Il a envoyé un "selfie" avec la tête de sa victime à un Français basé en Syrie

- Les circonstances de sa radicalisation émergent

- Sa sœur et sa femme ont été relâchées

• Des premiers et aveux et quelques détails. Yassin Salhi a un peu changé d’attitude depuis samedi soir. Le terroriste présumé ne se mure plus dans le silence et a commencé à s’expliquer, notamment sur le déroulé des faits. Il a reconnu l'assassinat de l'entrepreneur retrouvé décapité sur place et donné des éléments sur les circonstances de ce crime. Selon ses déclarations, le crime s'est produit sur un parking durant le trajet entre la société de livraison qui l'employait et le site de l'usine de Saint-Quentin. Deux jours avant les faits, Yassin Salhi avait eu un différend d'ordre professionnel avec sa victime. Il avait fait tomber une palette de matériel de prix et le ton était monté entre les deux hommes.

Dimanche après-midi, les policiers antiterroristes se sont rendus avec lui à son domicile de Saint-Priest "pour aller prendre son passeport". Il est apparu encadré par de nombreux policiers, le visage dissimulé sous un tissu blanc. Yassin Salhi portait en outre un gilet pare-balles.

• Sa sœur et sa femme relâchées. En revanche, la compagne et la sœur de Yassin Salhi ont été relâchées dimanche, après avoir passé une deuxième nuit en garde à vue.

• Deux photos macabres sur son téléphone… Les enquêteurs espèrent faire parler le téléphone portable, l’ordinateur et la tablette retrouvés à son domicile. C’est ainsi qu’ils ont pu mettre au jour que Yassin Salhi avait pris vendredi deux photographies macabres. Sur la première, la tête de sa victime apparaît. Sur la deuxième, Yassine Salhi prend la pose à côté de celle-ci, comme un trophée. Le suspect a même envoyé ce "selfie", via l'application de messagerie instantanée Whatsapp. 

Le cliché a été pris et envoyé entre 9h28 et 9h35, alors que la camionnette conduite par le suspect se trouvait dans l'enceinte de l'usine, hors du champ des caméras, au moment où la tête de la victime a été accrochée au grillage.

• ... envoyées à un Français en Syrie. Cette image macabre a été envoyée à un Français se trouvant en Syrie. Selon nos informations, il s'agit d'un certain Sébastien-Younes V., basé à Raqqa, l'un des bastions de l'Etat islamique. Originaire de Haute-Saône, cet homme est connu des services de renseignement pour être parti en Syrie en novembre 2014.

• La cause précise de la mort d’Hervé C. encore inconnue. L’autopsie du cadavre d’Hervé C. n’a pas permis de déterminer si la décapitation du patron de la société de livraison qui employait Yassin Salhi avait eu lieu ante ou post-mortem. Le corps de la victime porte des traces de strangulation mais il reste impossible à ce stade de savoir s’il s’agit ou non de la cause de la mort.  

• Un flou de plusieurs minutes pendant l’attaque. Autre zone d’ombre, un trou de sept minutes après que le camion a pénétré dans l’enceinte de l’usine et foncé sur les bonbonnes de gaz pendant lesquelles Yassin Salhi n’apparaît pas sur les images de vidéosurveillance. Qu’a-t-il fait pendant ce laps de temps ? On sait que le terroriste a tenté après l’explosion d’ouvrir des bouteilles d’acétone présentes dans l’usine pour provoquer une déflagration.


• Sa radicalisation auprès du "Grand Ali". Au début des années 2000, Yassin Salhi, aujourd'hui âgé de 35 ans et au casier judiciaire vierge, est repéré par les services spécialisés au sein d'un groupe de sept ou huit jeunes adeptes de l'islam radical. Ce groupe est sous l'influence de Frédéric Jean Salvi, alias "le Grand Ali", qui fréquentait alors la mosquée de Pontarlier. Cet homme, qui aurait quitté la France en 2008, a été désigné par les autorités indonésiennes comme suspect dans un projet d'attentat avec des militants d'Al-Qaïda à Jakarta. Frédéric Jean Salvi, qui a échappé au coup de filet de la police indonésienne, est désormais installé dans une ville britannique.

• Une fiche "S" et un signalement en 2014. Yassin Salhi fait l'objet d'une fiche S entre 2006 et 2008. Puis, comme l'a précisé le procureur de Paris, François Molins, l'homme, qui a ensuite vécu à Besançon avant de s'installer récemment à Saint-Priest, dans la banlieue de Lyon, a attiré "ponctuellement" l'attention des services entre 2011 et 2014, pour ses liens "avec la mouvance salafiste lyonnaise".

Au printemps 2014, une de ses anciennes voisines de Besançon, sans doute sensibilisée par la mise en place de la plate-forme de signalement du ministère de l'Intérieur, avait appelé les gendarmes pour exprimer son inquiétude et ses soupçons sur ce voisin chez qui elle avait remarqué des changements, comme elle le confiait à Europe 1 samedi. Mais ses déménagements successifs semblent avoir brouillé les pistes, et la surveillance de ce cas, alors considéré comme un "signal faible", ne semble pas avoir été jugé comme prioritaire à l’époque.