Antidrogue : "Des méthodes d'enquêtes classiques sont devenues délictueuses"

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Après la mise en examen de l'ancien patron de la lutte antidrogue, l'avocat de l'ancien trafiquant et indic Sofiane Hambli dénonce "l'amnésie sélective des magistrats".

Flic ou ripoux ? Vendredi, l'ancien chef de l'Office central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants (OCRTIS), François Thierry, a été mis en examen pour "complicité de détention, transport et acquisition de stupéfiants et complicité d’exportation de stupéfiants en bande organisée" dans une enquête qui a mis au jour les méthodes controversées des "stups" pour faire tomber des trafiquants.

"L'amnésie sélective des magistrats". Le policier est soupçonné d'avoir favorisé l'entrée de drogue sur le territoire français, sans en informer totalement l'autorité judiciaire dans le cadre de ses relations controversées avec un important indicateur de l'office considéré comme un trafiquant notoire, Sofiane Hambli. Sur Europe 1 vendredi midi, l'avocat de ce dernier, Maître Joseph Cohen-Sabban, dénonce "l'amnésie sélective des magistrats" dans cette affaire.

"Indic" et c'est tout. Pour le conseil, Sofiane Hambli était bien un ex-trafiquant, devenu indic. C'est tout. "Nous avons bon nombre d'éléments qui démontrent qu'il n'était qu'indic, et qu'il travaillait main dans la main avec l'Office central, au vu et au su de l'ensemble de l'appareil judiciaire parisien. Et ça, ce n'est pas une opinion, c'est un fait", assure-t-il. 

Une saisie "scandaleuse" des douaniers. L'affaire trouve son origine dans la saisie record, le 17 octobre 2015, de sept tonnes de cannabis entreposées dans des camionnettes stationnées boulevard Exelmans, dans le cossu 16ème arrondissement de Paris. Cette livraison de drogue partie du Maroc s'inscrivait dans une opération secrète de l'OCRTIS pour infiltrer un réseau, avec l'aide de Sofiane Hambli. "Ces méthodes d'enquête étaient, il y a encore quelques mois, des méthodes classiques. Et au bénéfice de cette saisie totalement scandaleuse des douaniers, elles sont devenues délictueuses", dénonce Me Cohen-Sabban.

"Depuis des années, les magistrats des centres régionaux de police judiciaire spécialisés dans le crime organisé professent la doctrine suivante : 'Je suis prêt à laisser passer 50 tonnes si cela me permet de remonter une filière'", rapporte l'avocat. "C'était admis, sous le contrôle de la loi Perben. Et aujourd'hui, en cours de partie, on nous dit que ce n'est plus légal."