Air Cocaïne : "il suffisait de leur donner un coup de fil", déplore Me Dupond-Moretti

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Air Cocaïne : "il suffisait de leur donner un coup de fil", déplore Me Dupond-Moretti
@ AFP
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Les deux pilotes qui ont fui la République dominicaine ont été escortés par la gendarmerie pour être présenté à un juge, lundi. L'avocat de l'un des deux hommes déplore cet état de fait au micro d'Europe 1. 

INTERVIEW

"Il suffisait de leur donner un coup de fil et ils se présentaient (au juge)", a réagi lundi Me Eric Dupond-Moretti au micro d'Europe 1. Le célèbre pénaliste, avocat de Bruno Odos, l'un des deux pilotes français qui ont fui la République dominicaine et une lourde condamnation pour trafic de drogue, revenait sur le fait que les deux hommes aient fait l'objet lundi d'un mandat d'amener délivrée par la juge d'instruction qui instruit le volet français de cette affaire. Tous deux ont ainsi été escortés dans la matinée par la gendarmerie pour être présentés à la justice.

"Ils ont dit qu'ils étaient à la disposition du juge". "Ils ont été condamnés à 20 ans dans des conditions absolument stupéfiantes, c'est le cas de le dire. Ils sont revenus en France et ils ont dit qu'ils étaient à la disposition du juge", a déploré Me Dupond-Moretti. "On a choisi (d'envoyer) les gendarmes, avec tout ce que cela génère comme frais, alors qu'il suffisait de leur donner un coup de fil et ils se présentaient (au juge). Ensuite la justice aurait fait son travail", a-t-il insisté en regrettant les méthodes employées par la magistrate.

Le "même procédé" que pour Sarkozy. Ainsi, Eric Dupond-Moretti n'hésite pas à relier ce fait aux révélations faites dimanche quant aux investigations menées sur les téléphones de Nicolas Sarkozy, dont le nom apparaît dans ce dossier. "Nicolas Sarkozy a été suspecté par le même juge, au seul motif qu'il a pris l'avion. On a fait des investigations sur sa téléphonie pendant de très longs mois. C'est le même procédé", a dénoncé l'avocat.

En France, "c'est une autre procédure".  Le ténor du barreau, surnommé "Acquitator" par la presse, a ensuite tenu à préciser le cadre dans lequel allait se dérouler les auditions des deux pilotes. "Ils ne sont pas entendus dans le cadre de l'affaire dominicaine, des 600 et quelques kilos. C'est une autre procédure", a-t-il corrigé. 

Ce dossier porte en effet sur un réseau de trafic de stupéfiants plus vaste qui consistait à importer de la drogue depuis l'Equateur ou la République dominicaine par le biais d'avions privés, jusque dans le Sud de la France, en lien avec des trafiquants espagnols. Une dizaine de suspects sont mis en examen dans ce dossier en France pour "importation de stupéfiants en bande organisée" et "association de malfaiteurs". Parmi les mis en causes, figure notamment un dirigeant de l'entreprise qui affrétait le Falcon 50 piloté par les deux pilotes arrêtés.

Les deux autres Français ? "Pas leurs amis". Interrogé sur un supposé manque de solidarité des pilotes dans leur fuite vis-à-vis de deux autres Français condamnés en République dominicaine et toujours sur place, Eric Dupont-Moretti botte en touche. "D'abord, ce ne sont pas leurs amis. Ce sont des gens qui étaient leurs clients et qui ont utilisé l'avion", a-t-il nuancé. "Les deux pilotes ont eu la possibilité de prendre la fuite et ils ont bien fait de le faire. Malheureusement, les autres n'ont pas eu cette chance et vous voulez que je porte la responsabilité de leur sort judiciaire ?", a-t-il lancé.

 "Ils ont eu la possibilité de s'évader, ils ont toujours contesté et protesté de leur innocence. Que devaient-ils faire ? Qu'ils restent (en République dominicaine) à purger 20 ans chacun par solidarité ?", a-t-il encore demandé.  Et Me Dupont-Moretti de conclure : dans ce dossier, "il faut être très circonspect".