Affaire des "mariages chinois" : l'ex-maire de Tours devant la justice

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Affaire des "mariages chinois" : l'ex-maire de Tours devant la justice
@ AFP
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L'ancien maire PS Jean Germain est poursuivi pour "complicité de prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics" dans cette affaire portant sur l'organisation de mariages "à la française" pour des touristes chinois.

Ceint de son écharpe tricolore, le maire posait sur la photo avec de jeunes mariés chinois, lors de simulacres de mariage "à la française". Le procès de l'affaire dite des "mariages chinois", dans laquelle est mis en examen le sénateur PS et ancien maire de Tours Jean Germain s'ouvre mardi pour trois jours à Tours. L'ancien édile est poursuivi pour "complicité de prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics".

>> MAJ, le mardi 07/04/15, à 11h30 : Jean Germain a été retrouvé mort mardi matin près de son domicile, selon les informations d'Europe 1. L'ancien maire ne s'était pas présenté à l'ouverture du procès et a laissé "une lettre d'adieu", a annoncé à la cour son avocat, Me Dominique Tricaud.

"Noces romantiques en Touraine". Cette affaire tire son origine dans l'organisation entre 2007 et 2011 pour une clientèle chinoise de "Noces romantiques en Touraine". Celles-ci comprenaient des visites de châteaux de la Loire, ainsi que de la ville de Tours, avec un vrai-faux mariage prononcé par le maire. Des dizaines de couples chinois sont ainsi venus chercher, sur les bords de la Loire, une touche d'exotisme à la française.

Lise Han, chef d'entreprise, employée au cabinet du maire.  L'organisation de ces noces était pilotée par la société Time Sarl, une entreprise fondée par une certaine Lise Han. Mais en 2008, cette femme est embauchée au cabinet du maire, puis par la société d'économie mixte en charge du tourisme tourangeau. Elle démissionne alors officiellement de ses fonctions dirigeantes

Problème : elle continuait de tirer les ficelles de l'entreprise en sous-main. Lise Han était la gérante de fait de cette société, selon les magistrats instructeurs. Il y avait donc conflit d'intérêts.  Cette dernière a été mise en examen le 25 janvier 2013 pour "escroquerie", "prise illégale d'intérêt", et "recel de fonds publics". Quelques mois plus tard, le 30 octobre, c'est au tour de Jean Germain d'être poursuivi. L'élu finalement a été battu aux dernières élections municipales, alors qu'il briguait un quatrième mandat.

L'édile assure qu'il ignorait tout de ces activités. L'ancien maire de Tours assure qu'il "ignorait en totale bonne foi les mensonges et les manipulations de Lise Han" et qu'il n'avait pas décidé son recrutement par la SEM en charge du tourisme, détenue à 90% par la Ville de Tours."Il n'est pas impossible que la crédulité du maire et de la municipalité ait été abusée", avance l'avocat de Jean Germain, Me Dominique Tricaud. Le conseil salue néanmoins "la qualité du travail de Lise Han tant sur le plan économique que touristique". "Le nombre de touristes en Touraine a été multiplié par trois", assure-t-il notamment, en estimant qu'"il n'y a pas eu de préjudice" subi par la collectivité.

Elle obtient gain de cause aux prud'hommes.  De son côté, Lise Han, licenciée ensuite par la SEM, a obtenu gain de cause devant les prud'hommes, qui ont estimé que son emploi par l'organisme du tourisme n'était pas fictif, que son licenciement était dépourvu de cause réelle ou sérieuse. Le tribunal lui a alloué 48.000 euros, dont 30.000 euros de dommages et intérêts. Selon son avocat, Me Gérard Chautemps, ce jugement démontre qu'elle exerçait bien une activité d'amélioration des relations entre la France et la Chine par l'organisation des "mariages chinois".

Lise Han, qui a connu plusieurs périodes de détention provisoire, notamment pour non-respect des conditions du contrôle judiciaire, a été victime selon l'avocat d'un "acharnement injustifié". "D'un côté, selon le Sénat, il n'y avait pas suffisamment d'éléments pour lever l'immunité parlementaire (de Jean Germain), et, de l'autre, il y en avait bien assez pour envoyer en détention Mme Han", assène Me Julie Duvivier, qui assure également la défense de l'ancienne chef d'entreprise.

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