Affaire Bettencourt : la défense charge l'instruction

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Affaire Bettencourt : la défense charge l'instruction
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L'ESSENTIEL - Il a encore été beaucoup question de procédures pour ce deuxième jour du procès.

L’info. Le procès Bettencourt continue. Lundi lors de la première audience, les avocats de la défense avaient soulevé une QPC pouvant entraîner la suspension de ce procès hors du commun, où dix prévenus sont jugés pour "abus de faiblesse" commis aux dépens de Liliane Bettencourt, richissime héritière de l’Oréal. Mais le tribunal correctionnel de Bordeaux a rejeté celle-ci mardi matin.  

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Une QPC rejetée… Peut-on être poursuivi à la fois pour un fait principal, en l’occurrence l’abus de faiblesse, et son blanchiment ? Voilà en substance, la question prioritaire de constitutionnalité qu’ont déposée, lundi matin, les avocats des deux principaux prévenus, le photographe mondain François-Marie Banier et l’ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre.

Mais le tribunal correctionnel de Bordeaux a choisi de maintenir le procès, mardi matin. Denis Roucou, qui le préside, a estimé que la question soulevée par les défenseurs du photographe François-Marie Banier et de Patrice Maistre, ancien confident de Liliane Bettencourt, "ne revêt pas un caractère sérieux" et que par conséquent "il n'y a pas lieu de transmettre à la Cour de cassation".  



Un coup de théâtre. Lundi, la première journée de ce procès qui va durer cinq semaines s’était d’abord ouverte sur un événement inattendu : l’annonce de la tentative de suicide l’un des dix prévenus, Alain Thurin, ex-infirmier de la milliardaire. Cet homme de 64 ans a tenté de se donner la mort par pendaison, à la veille de sa comparution, dimanche, dans un bois à proximité de son domicile. Lundi, il était encore "entre la vie et la mort", selon une source judiciaire, et mardi matin, le tribunal demeurait sans nouvelle sur son état de santé. 

Le procureur Gérard Aldigé a indiqué mardi matin que le parquet de Bordeaux avait reçu la veille une lettre adressée par Alain Thurin à la procureur de la République, en date du 24 janvier, la veille de sa tentative de suicide. 

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Absence remarquée d’un témoin clef. Claire Thibout, l’ex-comptable de la 11e fortune mondiale était, elle aussi, absente. Son avocat a transmis un certificat médical établi par un psychiatre, évoquant un état "incompatible" avec une présence au procès et ce "pour une durée indéterminée". Cette annonce n’a pas manqué de faire réagir la défense de Patrice de Maistre, qui a exigé des "précisions" sur cette "impossibilité à l’avance". Celle qui fut comptable de Madame Bettencourt de 1995 à 2008 est en effet un témoin majeur de l’affaire. 

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… mis en examen. Mais son témoignage, très à charge contre la défense, a néanmoins été mis à mal fin novembre dernier avec l’ouverture d’une instruction distincte pour "faux témoignage", suite à une plainte de François-Marie Banier et de Patrice Maistre. Maintenant la QPC écarté, les avocats de la défense pourraient demander un renvoi sine die du procès, en attendant que soit close la procédure parisienne à l’encontre de cette femme de 56 ans.



Denis Roucou, le président du tribunal a par ailleurs ordonné, lors de l'audience mardi matin, une expertise sur l'état de santé de Claire Thibout afin de déterminer s'il est possible qu'elle témoigne à la barre, voire par visio-conférence. Le résultat de cette expertise est attendu d'ici le 1er février, avant que le tribunal n'aborde le fond du dossier.

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Questions procédurales. Enfin, bien que le tribunal ait opté pour le rejet de la QPC, les premiers jours du procès n’en resteront pas moins consacrés à des questions de procédure. Une salve de demandes de nullité, de sursis à statuer voire de renvoi, émanent déjà de la défense. Ce n’est qu’après avoir tranché sur ces points procéduraux que le tribunal correctionnel de Bordeaux pourra enfin entrer dans le cœur de cette affaire aux multiples ramifications et qui dure maintenant depuis plus de sept ans. 



Passe d'armes entre avocats. Me Pierre Haïk, avocat de Patrice De Maistre, a vite donné le ton mardi : "ce n'est pas une ordonnance de renvoi, c'est un réquisitoire !", a-t-il tonné, tirant à boulets rouges sur l'instruction menée, à charge selon lui, depuis 2010 par les juges bordelais, Jean-Michel Gentil en tête. Me Pierre Cornut-Gentille, avocat de François-Marie Banier, a pour sa part égrené les "éléments à décharge", selon lui délibérément ignorés par l'instruction.

En riposte, Me Benoît Ducos-Ader, avocat de Liliane Bettencourt, partie civile, s'est emporté contre ce "procès des juges d'instruction". "Arrêtez de biseauter les cartes et venez vous expliquer !", a-t-il lancé à la défense. "La défense a fait le procès des parties civiles, des témoins, de l'instruction, du tribunal, il est temps que celui des prévenus commence !", a renchéri Me Nicolas Huc-Morel, conseil de Françoise-Bettencourt-Meyers, fille unique de la milliardaire. "Après le 'show' va venir le froid, la réalité du dossier", a prévenu son confrère, Me Arnaud Dupin.

Le "froid, la réalité", le tribunal correctionnel de Bordeaux devrait enfin l'aborder mercredi avant l'examen de la personnalité de François-Marie Banier.