Affaire Barbarin : l'enquête pour "non-dénonciation" classée sans suite

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Affaire Barbarin : l'enquête pour "non-dénonciation" classée sans suite
Le cardinal Barbarin était mis en cause dans une enquête pour "non-dénonciation".@ JEFF PACHOUD / AFP
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Des victimes d'un prêtre, mis en examen pour agressions sexuelles, reprochaient au cardinal de ne pas avoir dénoncé les agissements du religieux à la justice.

L'enquête pour "non-dénonciation" d'agressions sexuelles sur mineurs et "non-assistance à personne en danger", concernant le cardinal Philippe Barbarin, au sujet de l'affaire Peyrat, a été classée sans suite, a indiqué lundi le procureur de la République de Lyon.

De quelle affaire parle-t-on ? Des victimes du père Bernard Preynat, mis en examen fin janvier 2016 pour des agressions sexuelles commises sur des scouts lyonnais il y a plus de 25 ans, reprochaient, en particulier au cardinal, de ne pas avoir dénoncé les agissements du religieux à la justice et de l'avoir laissé en poste trop longtemps, jusqu'en août 2015, dans une paroisse où il était au contact d'enfants.

Les infractions "pas constituées". Au terme d'une enquête préliminaire ordonnée en mars, le procureur Marc Cimamonti a estimé que les infractions visées n'étaient pas constituées. Le parquet a tenté de répondre à deux questions. La première : peut-on reprocher au cardinal Barbarin d'avoir omis de transmettre des informations sur le prêtre ? Réponse du parquet : non. Le cardinal Barbarin aurait, en effet, eu vent des soupçons pesant sur le prêtre entre entre 2005 et 2010. Or, les faits de pédophilie reprochés au père Preynat datent de 1991. Il n'y avait donc plus, en 2005, de "péril imminent pour les victimes", estime le parquet. En outre, le délai de prescription pour non-dénonciation est de trois ans. Il est donc, aujourd'hui, largement dépassé.

Des "preuves pas inexistantes" mais "pas suffisamment établies". Deuxième question à laquelle le parquet a tenté de répondre : le cardinal Barbarin a-t-il entravé la justice ? Les preuves en la matière ne sont "pas inexistantes", selon le parquet de Lyon contacté par Europe 1. Mais elle ne sont pas suffisamment établies pour ouvrir une enquête. Le procureur Marc Cimamonti se dit conscient qu'il avait une "bombe" entre les mains avec cette affaire. Mais il l'assure : il s'est concentré sur des critères uniquement juridiques.

"Un débat moral". "C'est la décision du procureur de la République, elle lui appartient. Je ne suis pas positionné pour juger. Et nous, nous sommes sur un débat moral, pas juridique", a réagi François Devaux, l'un des plaignants et membre de l'association la Parole Libérée. Il n'a pas exclu la possibilité de saisir directement un juge d'instruction via une plainte avec constitution de partie civile. "C'est un très mauvais signe pour la lutte contre la pédophilie et la non dénonciation des crimes pédophiles. On peut être très triste", a réagi, lundi sur Europe 1, Alexandre Dussot, co-fondateur de la Parole libérée. Et de conclure, fataliste : "on va discuter avec notre avocat et surtout les victimes. Mais nous ne sommes pas naïfs. S'attaquer à l'un des plus hauts personnages de l'une des plus grandes institutions de France, c'est très compliqué. C'est le pot de terre contre le pot de fer. Le cardinal Barbarin a des soutiens, politiques et autres, sur Lyon et le reste de la France".