Adama Traoré : deux versions contradictoires autour de la mort du jeune homme

  • A
  • A
Adama Traoré : deux versions contradictoires autour de la mort du jeune homme
Les témoignages d'un pompier et d'un gendarme sont contradictoires@ THOMAS SAMSON / AFP
Partagez sur :

Adama Traoré est décédé il y a presque deux mois lors d'une interpellation par les gendarmes. Les circonstances de sa mort ? Les témoignages sont contradictoires.

La controverse autour de la mort d'Adama Traoré en juillet dans le Val d'Oise n'est pas prête de s'éteindre. Presque deux mois après son décès lors d'une interpellation, les doutes sur les circonstances de sa mort subsistent notamment après l'émergence de nouveaux témoignages qui contredisent la version officielle.

Des versions contradictoires. Le 19 juillet dernier, Adama Traoré fête ses 24 ans. Dans les rues de Persan, dans le Val d'Oise, il évite un contrôle par des gendarmes en patrouille. Le jeune homme s'enfuit. Les forces de l'ordre le poursuivent, l'interpellent et l'embarquent dans leur véhicule. Là, Adama Traoré fait un malaise. Les gendarmes le sortent de la voiture et attendent les secours. Lorsque les pompiers arrivent, ils ne peuvent plus rien faire, le jeune homme est en arrêt cardiaque. Face aux circonstances troubles de ce décès, des heurts ont éclaté pendant plusieurs nuits à proximité de la ville. 

Depuis les événements, une enquête a été ouverte par l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) et plusieurs protagonistes ont été interrogés. Parmi elles, le chef de patrouille des gendarmes intervenus ce jour-là, dont l'audition a été consultée par L'Obs, et le premier pompier arrivé sur les lieux pour porter secours à Adama Traoré, un récit repris par Le Monde. Deux témoignages qui donnent une version différente des conditions dans lesquelles il est décédé. L'un affirme qu'il a placé le jeune homme en position latérale de sécurité, l'autre qu'il était menotté et face contre terre, sans pouls.

Un contrôle dorsal et costal. Le chef de patrouille, 28 ans, explique qu'avec ses deux collègues, ils ont dû recourir à la technique du "contrôle dorsal et costal" pour maîtriser le jeune homme lors de son interpellation. "Au moment où on tente d’avoir un contrôle sur l’individu, il se débat", dit-il Le temps de lui passer les menottes, le poids des trois gendarmes a pesé sur Adama, comme l'avaient déjà expliqué ses collègues. 

Après une avoir subi une rapide palpation, le jeune homme aurait indiqué avoir du mal à respirer. Mais le chef de patrouille affirme n'avoir détecté "aucun signe pouvant laisser présager qu’il [allait] faire un malaise. Ce que je vois c’est qu’il est essoufflé, ce qui me semble tout à fait logique suite à la course-poursuite qu’il vient de réaliser". Menotté dans le dos, Adama Traoré est assis dans le véhicule des gendarmes pour être amené à la caserne.

En position latérale de sécurité ou non. Il aurait alors fait un malaise. "Je me retourne et je constate que l’individu est effectivement en train de s’affaisser dans le véhicule", raconte le chef de patrouille. "Avec l’aide du gendarme adjoint volontaire, je sors Traoré Adama du véhicule. Et je constate qu’il a une perte de tonus musculaire. Il ne tient pas debout, nous le sortons à deux." Le gendarme aperçoit une auréole sur la banquette, le jeune homme s'est uriné dessus, ce qui trahit un relâchement.

Les militaires le placent en PLS, la tête sur sa chemise. Selon le chef de patrouille, le jeune homme respirait : "J’entends sa respiration qui est forte, présente. Elle est bruyante, rauque". Il affirme avoir fait surveiller le jeune homme avant de contacter les pompiers. Le temps qu'ils arrivent, Adama Traoré "ouvre les yeux à plusieurs reprises de manière brève". Sceptique quant au malaise du jeune homme, l'un des militaires reconnaît qu'aucun d'entre eux n'a entamé les gestes de premier secours. "Il a un pouls, il respire, nous ne détectons aucune anomalie qui [les] nécessite."

À l'arrivée des secours, Adama Traoré n'avait plus de pouls. C'est à ce moment-là que le récit du chef de patrouille et celui du pompier volontaire se contredisent. Ce dernier affirme que lorsqu'il arrive sur place, Adama Traoré "se trouve face contre terre, sur le ventre, mains dans le dos menottées. Il est sur un sol qui est une petite place de béton en extérieur dans la cour de la brigade". Le pompier reconnaît pour autant que la victime aurait pu tomber dans cette position car il est impossible de tenir sur le côté avec les mains dans le dos.

Néanmoins, le pompier demande immédiatement à ce que les menottes soient enlevées. Mais il fait face à quelques réticences. "Le gendarme me répète que cet individu est violent et qu’il simule. Je constate que la victime n’a plus de ventilation. Je redemande au gendarme une seconde fois de retirer les menottes afin de commencer un massage cardiaque." Mais lorsque les pompiers entament la réanimation, le jeune homme n'a plus de pouls et les tentatives pour faire repartir son coeur restent vaines