Procès en diffamation contre la créatrice du #balancetonporc : à quoi s'exposent celles qui accusent ?

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Ai-je le droit ? est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Chaque matin, Roland Pérez évoque une question de droit en rapport avec l'actualité dans Europe 1 Bonjour.

Dans le sillage de l'affaire Weinstein était lancé le 13 octobre sur le réseau twitter le hashtag #balancetonporc destiné à inciter les victimes d'harcèlement sexuel à témoigner et dénoncer publiquement leurs agresseurs. Depuis, si les accusations et dénonciations se multiplient sur les réseaux sociaux, on assiste depuis ce jeudi à la première réaction judiciaire d'une personne mise en cause.
C'est justement la créatrice de ce fameux #balancetonporc, la journaliste Sandra Muller, qui est visée par une plainte en diffamation.

La journaliste Sandra Muller à l'origine de ce raz de marée de dénonciations de faits d'agressions et de harcèlements sexuels  sans précédent sur le réseau Twitter avec la création du #balancetonporc, se retrouve devant la justice pour diffamation.
Sandra Muller, selon un communiqué posté par elle ce jeudi, est poursuivie pour diffamation par Eric Brion, ex directeur d'Équidia, la chaine dédiée aux courses hippiques.
Il est reproché à la journaliste que, pour lancer son #BTP, elle ait reproduit dans un premier tweeet en quelque sorte inaugural, les propos qu'Eric Brion lui aurait tenu lors d'un cocktail arrosé. Si ce n'est que, dans une tribune publiée  dans le monde il y a environ trois semaines, l'ancien directeur de la chaine hippique reconnaissait la réalité de ses propos et s'en excusait.
Si les propos ont bien été tenus et que Monsieur Brion faisait dans une tribune au "Monde" son Mea culpa comment peut-il asseoir son action en justice pour diffamation, il n'y a pas là de faits inexacts qui ont été dénoncés ?
En fait, la diffamation est une fausse accusation qui porte atteinte à l'honneur et à la considération d'une personne. Elle relève d'une procédure spécifique permettant de protéger la liberté d'expression.
Si ce n'est que par la publication de son tweet reproduisant les propos de Monsieur Brion à son égard, la journaliste l'accuse implicitement de l'avoir agressée et harcelée sexuellement alors que, selon lui, il s'agissait juste de propos déplacés qu'il fallait remettre dans leur contexte, à savoir un cocktail très arrosé très tard dans une soirée.
Être comparé au producteur américain Harvey Weinstein, accusé de viols et de harcèlement sexuel par plusieurs femmes, est selon lui diffamatoire car les propos sont juste déplacés et de mauvais goût.
Quels étaient les propos en cause ?
Les propos publiés dans le tweet de lancement de la campagne #balancetonporc sont littéralement «tu as de gros seins, tu es mon type de femme, je vais te faire jouir toute la nuit".
En réponse, Eric Brion dans le Monde a dit "je ne veux certainement pas me disculper de ma goujaterie, je lui réitère mes excuses" fustigeant toutefois le choix de la journaliste de choisir le tribunal des réseaux sociaux plutôt qu'un vrai tribunal.
Si ce n'est que là, c'est donc lui qui a saisi la justice. Que réclame-t-il et quelles sont ses chances de succès ?
50.000 euros de dommages intérêts et 10.000€ de frais d'avocat ainsi qu'une publication de la décision judiciaire sur les réseaux.
Sur le mérite de son action , elle est fort intéressante au plan du droit car la justice va devoir juger si l'on peut parler de harcèlement sexuel de la part d'une personne que l'on a vu qu'une fois, avec laquelle on n'a pas de relation habituelle ou professionnelle et qui s'est borné à tenir lors d'une unique rencontre dans un lieu public, des propos particulièrement déplacés et non contestés.

La goujaterie ou la vulgarité sont-elles constitutives de harcèlement sexuel ? C'est toute la question.