Saleh et Kadhafi, deux tyrans au destin semblable

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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L'ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh a été tué lundi par des rebelles Houthis. Comme Mouammar Kadhafi, Saleh était un guerrier et un fils du peuple.

L’ancien président du Yémen, a été tué lundi dans les combats avec des rebelles, près de Sanaa. Ali Abdallah Saleh est mort comme il a vécu comme un guerrier, comme un tyran. D'ailleurs, les images de son corps sanglant jeté à l’arrière d’un pick-up font penser à celles de la mort de Mouammar Kadhafi : même décor de désert, des types farouches avec des bouts d’uniformes, la vidéo qui tremble, la même confusion. L’ancien président yéménite fuyait sa capitale livrée aux combats de rues, comme Kadhafi tentait de forcer le blocus de Syrte avec le dernier carré de ses fidèles. Ils sont tombés dans une embuscade.

L'armée pour ascenseur social. Au-delà des circonstances de leur mort, banale dans une guerre civile mais avec une part de mystère, car on ne sait pas qui a trahi, le parallélisme de leur destin politique est frappant. Car le Libyen et le Yéménite, longtemps protégé des Américains, sont des fils du peuple. L'armée a été leur ascenseur social, le coup d’Etat leur ticket de loto. Ils se sont également maintenus toute une vie au pouvoir. Saleh président pendant 34 ans, Kadhafi 42 ans !  

La "baraka" en commun. Ils ont également en commun le régime laïc, la haine des islamistes et la baraka. Kadhafi a survécu à un bombardement américain et Saleh à une bombe qui a failli lui arracher la tête. Face au printemps arabe, Saleh s’est accroché comme Kadhafi a tenté de le faire. Tous deux en s’appuyant sur la famille.

Avant de disparaître, ils auront vu l’un et l’autre le chaos tribal tout emporter. Le Yémen est un pays failli. Des millions de civils sont l’otage de l’anarchie. Comme en Libye, l’intervention d’une coalition qui fait la guerre du haut du ciel n’apporte aucune solution, juste un peu plus de violence à la guerre de tous contre tous.

Une mort regrettée ? Sa mort sera sans doute regrettée. Pour se maintenir pendant plus de 30 ans, il faut beaucoup d’habileté, une immense fortune, des réseaux dans toutes les tribus. Ali Abdallah Saleh avait tout ça. Cela va manquer pour trouver une issue politique. Celui qui pleure la disparition de cet humaniste, c’est le Prince héritier d’Arabie auquel Saleh venait de faire allégeance et qui fait la guerre comme une brute.

Désormais, la scène se simplifie. Il y a désormais les rebelles Houthis qui ont tué Saleh et qui crachent par terre en disant 'bien fait pour le traître'. En face, il y a tous les autres, mais désunis. Derrière, il y a les Iraniens, au-dessus les Saoudiens et partout, des terroristes. Ça, c’est la guerre vue du bac à sable.

Au Yémen, c'est la Libye qui recommence. Sur le terrain, sept millions de Yéménites ne tiennent que par l’aide humanitaire. Depuis un mois, les Saoudiens la rationnent. Les convois sont autorisés au compte-gouttes. Il y a des épidémies, notamment de choléra. La famine est apparue. C’est bien la Libye qui recommence.