Qu'espère Trump en reconnaissant Jérusalem comme capitale d'Israël ?

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Donald Trump a franchi mardi soir un Rubicon en reconnaissant Jérusalem comme capitale d'Israël. Dynamitant comme à son habitude l'ordre - ou le désordre - établi.

Donald Trump s'est jeté à l'eau, il a nagé, mais sans grimper sur l'autre rive. En effet, mardi, en annonçant que les Etats-Unis reconnaissaient officiellement Jérusalem comme capitale d'Israël, le président américain s'est gardé de parler de capitale réunifiée d'Israël, et n'a donc pas entériné l'annexion des quartiers arabes. Il n'a pas donné de calendrier. Le déménagement de l'ambassade peut prendre des années. Donald Trump a d'ailleurs signé le décret qui maintient l'ambassadeur à Tel Aviv, comme le font tous les six mois les présidents américains depuis 1995. La décision de déménager à Jérusalem a été prise à cette date, au lendemain des accords d'Oslo, en pleine euphorie. Or, cette loi n'a jamais été appliquée. Et cela n'a pas empêché la faillite du processus de paix.

Quel bénéfice espère Donald Trump de cette décision ?

En reconnaissant Jérusalem comme capitale d'Israël, Donald Trump fait plaisir à la communauté juive, à une partie des protestants. Cette décision fait de la peine à l'Unesco, qui a voté l'an dernier une résolution niant le lien entre le peuple juif et Jérusalem. C'est aussi une façon de distraire les Américains du feuilleton russe.

Plus profondément, il y a chez Donald Trump un tel goût de se mettre en scène qu'on ne se demande plus à quoi ça lui sert. Le déménagement est comme ces tweets ravageurs qu'il pond à potron-minet. Aucun bénéfice, mais quel pied ! C'est une jouissance intense que de transgresser l'ordre du monde. Et deux fois plus quand ce n'est pas l'ordre, mais le statu quo, le désordre établi. C'est encore meilleur quand le monde est suspendu à votre décision. Pendant trois jours, tous ceux qui comptent au Proche-Orient se sont égosillés, lui ont fait la leçon, ou l'ont menacé d'un bain de sang. Raison de plus ! Il n'osera pas ? Chiche !

Quelles conséquences ?

Donald Trump ne croit pas à la catastrophe, mais la catastrophe est déjà là. Qui peut croire que la paix d'Oslo va ressusciter ? Que la confiance va revenir, comme par miracle ? Qui croit encore que les Américains sont d'honnêtes courtiers, neutres, désintéressés, tenant une politique d'équilibre entre les deux camps ? Personne. Surtout pas leurs alliés, qui ont appris à se méfier des foucades de Clinton, de Bush, d'Obama, de cette Amérique qui n'a vu venir ni le 11 septembre, ni Daech, ni la puissance retrouvée de l'Iran, ni la victoire de Bachar el Assad…

Donald Trump prend le monde tel qu'il est. Il croit à la paix par la force. Il a confié à son gendre cette mission impossible, trouver un plan. Jared Kuchner est devenu intime de Netanyahou et du prince hériter saoudien MBS. Le New York Times prétend que Washington a proposé à Mahmoud Abbas une montagne de pétrodollars et un état croupion, sans Jérusalem, sans continuité territoriale. Les Palestiniens n'ont pas fini de pleurer sur les occasions ratées. L'histoire ne repasse pas les plats.

Trump isolé sur la scène internationale après sa décision sur Jérusalem 

Le président américain Donald Trump a déclenché la colère des Palestiniens et une vague de réprobation bien au-delà du Proche-Orient en reconnaissant Jérusalem comme capitale d'Israël, une décision en rupture spectaculaire avec la politique de ses prédécesseurs. Des Palestiniens ont prévu jeudi un rassemblement à Ramallah en Cisjordanie, territoire occupé par l'armée israélienne depuis 50 ans. La veille, ils étaient des centaines dans la bande de Gaza a avoir brûlé des drapeaux américains et israéliens et des portraits de Donald Trump.

Avec cette décision, qui était l'une des promesses emblématiques de sa campagne, Donald Trump s'isole sur la scène internationale et prend le risque de saper les timides espoirs de reprise des négociations tout en risquant de provoquer une poussée de fièvre dans la région. Même l'Arabie saoudite, traditionnel allié des Etats-Unis, a fustigé "un recul dans les efforts en faveur du processus de paix et une violation de la position américaine historiquement neutre sur Jérusalem", a fait savoir Ryad dans un communiqué du Palais royal cité par les médias d'Etat.