Quand la Turquie fait arrêter ses ressortissants à l'étranger

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international. Jeudi, il aborde la question des Turcs installés à l'étranger et qui sont rattrapés par la police de leur pays natal.

Dogan Akhanli est un vacancier qui s’attarde en Espagne. Quelle la chance ! Pas du tout, car celui-là veut rentrer chez lui, en Allemagne où il vit depuis quarante ans. Mais la police l’a arrêté à la porte de son hôtel, ramené à Madrid en panier à salade et il est tenu d’y rester en attendant qu’un juge décide de l’extrader ou non, en Turquie. Car Dogan Akhanli est allemand, mais il est turc aussi et c’est un mauvais Turc. Il a écrit des livres sur le génocide arménien, ce qui relève de la trahison. Il en fait d’autres sur les droits des Kurdes, ce qui relève du terrorisme…

C’est donc au nom de la lutte antiterroriste qu’Ankara le réclame.

Dilemme pour la guardia civil qui compare le sexagénaire qui ne ressemble pas à un poseur de bombes et le mandat d’arrêt émis par Interpol… D'autant plus qu’il y a aussi le cas de Hamza Yalcin. La police des frontières l’a cueilli à l’aéroport de Barcelone, début août. Celui-là est journaliste et se croyait suédois. Mais aux yeux d’Ankara, il reste turc et lui aussi, est un mauvais Turc. Le mandat d’arrêt international précise qu’il a insulté le Président. Bien qu'il soit impossible de trouver cette insulte sur Internet, c’est probable que ce journaliste d’extrême gauche manque de respect à Recep tayip Erdogan. Il risque 22 ans de prison. Et il en a un avant-goût puisque les Espagnols l'y ont mis en attendant qu’Ankara transmette son dossier au juge chargé de l’extradition.

La prison, une bonne école pour les révolutionnaires disait Lénine

En Turquie, c’est la meilleure des rédactions. Erdogan aime les journalistes en cage. Actuellement, il y en a 133 derrière les barreaux, comme au zoo, dont un français. Cela fait cinq semaines pile, que Lou Bureau est enfermé à la prison de Sirnak. Ce Nantais travaille en indépendant pour des chaînes télévisées, mais il est toujours étudiant. Il lui reste en effet des choses à apprendre, notamment qu’il ne faut pas faire de selfies avec des Peshmergas, les rebelles kurdes. Il doit savoir aussi qu’une carte de presse n’a jamais été un sauf conduit, sauf peut-être à l’Élysée.

Emmanuel Macron a téléphoné à plusieurs reprises au Président Erdogan pour le faire libérer, en vain. Il en parle dans son interview au Point, parue jeudi : cela prouve que la scène internationale n’est pas très souple.

Lou Bureau, comme les autres est une sorte d’otage des Turcs qui ne connaissent que le rapport de forces, exigent le respect, imposent le silence aux Européens… un otage d’État en somme. La preuve, dans les affaires d’otages, des intermédiaires dont on ne sait jamais trop qui les a mandatées mènent des négociations parallèles. Un nommé François Hollande a fait savoir à l'AFP qu’il s’activait dans la coulisse, qu’il faisait passer des messages à ceux qui détiennent notre compatriote…