Les églises, cibles préférentielles des djihadistes

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
Partagez sur :

Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

Une église attaquée en pleine messe, par des kamikazes à Quetta, au Pakistan. 8 morts et une trentaine de blessés. Attentat revendiqué par l’Etat Islamique.

L’Etat Islamique prépare Noël. Cela fait combien de temps que les églises excitent la vindicte des djihadistes ? Qu’elles ne sont plus un asile pour les persécutés mais un piège mortel pour leurs fidèles qui vivent leurs fêtes en sachant qu’ils risquent d’y mourir ? En fait, c’est récent. Cela a commencé en l’an 2000, des dizaines d’églises attaquées à la bombe le jour de Noël à Java, Sumatra, les îles de la Sonde et dans la capitale de l’Indonésie. Grande émotion aujourd’hui oubliée. La gloire pour le Ben Laden local. Al Qaïda a de l’inventivité dans le crime. Une fois la stupéfaction passée, les autres copient. Le premier carnage, c’est dix ans après, la Toussaint 2010 à Bagdad. Un commando qui se retranche dans Notre-Dame de Salut, 44 paroissiens tués, surtout des femmes et des enfants et deux prêtres exécutés. Une vague d’exode s’en suit. Depuis, c’est banal ! En Irak, en Egypte, au Yémen, au Nigeria, au Kenya, en Indonésie, aux Philippines, on ne compte plus les églises prises d’assaut par des tueurs.

Les terroristes attaquent toutes sortes de cibles, pas seulement les églises.

C’est vrai. Les fous de Dieu ont visé tout et n’importe quoi. Pourquoi les églises échapperaient elles à cette furie ? Elles n’y échappent pas. En France, il y a eu Saint-Nicolas du Rouvray, et puis des attaques ratées contre Notre-Dame et une église de Villejuif. Mais ce qui se passe en Orient est différent.

Pourquoi ?

La différence, c’est le sacrilège. C’est de frapper le lieu saint, le jour saint. Les djihadistes attaquent les fêtes sacrées. Rien que cette année : l’Ascension en Egypte, 27 morts, le jeudi Saint, un garçon égorgé, les Rameaux, 49 morts, un car de pèlerins. L’an dernier, Pâques au Pakistan, un kamikaze dans le jardin d’enfant, 72 morts, le jeudi Saint au Kenya, la Pentecôte au Nigeria, la Trinité en Egypte... Avec les terroristes, on fait le tour des fêtes carillonnées. Cela enseigne le calendrier liturgique aux journalistes. Cela donne de nouveaux martyrs aux chrétiens d’Orient qui ont une longue mémoire des persécutions et se sentent assiégés.

Et sur le plan politique ?

Au Pakistan, la police est largement infiltrée par les islamistes, l’enquête s’enlisera. La justice est aux ordres : elle ne condamne jamais les actes anti-chrétiens. Les trois millions de chrétiens sont les Pakistanais les plus pauvres, ils servent de souffre-douleurs. Ils vivent dans la peur d’être accusés de blasphème et condamnés à mort comme Asia Bibi, cette villageoise que le pouvoir n’ose pas gracier et qui va passer un Noël de plus dans une cellule sans fenêtre. Le Pakistan a été élu et deviendra le premier janvier l’un des membres du conseil des Droits de l’Homme de l’ONU. Cela aussi, c’est une profanation.