Kenya, Birmanie et Thaïlande : ces pays incapables de se réconcilier

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

La Thaïlande à l’arrêt pour rendre hommage à son souverain.

Depuis le début de la semaine, on a parlé d’un roi, (le vieux Mugabé c’est Ubu roi), d’un couronnement (Xi Jinping nouvel empereur de Chine) et de Pharaon, le maréchal Sissi auquel Emmanuel Macron refuse de faire la leçon.
Cette chronique tourne au carnet mondain et il ne faudrait pas qu’elle offense les oreilles républicaines. En même temps, c’est de la pure politique, on parle du pouvoir, il carbure au sacré. C’est quand il est mal réglé qu’il dégage de la vanité.
Ce matin donc, les princes de ce monde évoqués ici, l’Africain, l’Asiatique, l’Arabe ne sont rien, trois fois rien, aux yeux des Thaïlandais. Et les habitants de la Thaïlande ont raison, car d’une certaine façon, il n’y a qu’un roi, c’est Bhumibol. Comme il n’y a qu’une reine pour les occidentaux, Elisabeth II. À côté les autres font de la figuration, des poseurs et des imposteurs.
Bhumbpol est un demi-Dieu, Elisabeth le chef de l’église anglicane. Un souverain est un trait d’union entre le ciel et la terre. Il a régné plus longtemps qu’elle, 70 ans, record mondial. Il y a juste un an, il s’est éteint et depuis, les Thaïlandais sont en noir (pas seulement les chauffeurs d’Uber et les gars de la sécurité).

Relance : un an de deuil avant les funérailles aujourd’hui.

C’est encore trop court, c’est un arrachement pour la foule qui se presse sur le parcours du catafalque en route vers la crémation. Un an, c’est juste assez pour les artisans qui ont sculpté le bucher en bois doré. Toute une ménagerie mythologique qui représente le mont Meru qui est l’axe de la terre pour les Boudhistes. On n’y comprend rien, c’est une grammaire inconnue aux monothéistes, l’important c’est que les Thaïs s’y retrouvent et qu’ils communient dans l’émotion. Un an, c’est pas assez pour les militaires au pouvoir. Ils ont profité du deuil pour reporter les élections promises.

Le roi laisse derrière lui un pays en pleine crise politique.

Elle dure depuis une quinzaine d’années. Depuis que les ennuis de santé du roi l’ont obligé à s’effacer. Les affrontements entre chemises rouges et chemises jaunes ont usé une génération et provoqué deux coups d’états militaires. Depuis, la Thailande est divisé par des lignes de fractures ethniques, sociales, politiques, religieuses, sécuritaires. Comme chez les voisins, les Birmans, les Cambodgiens, les Indonésiens. Et comme chez les voisins, l’armée s’incruste et redoute que la démocratie entraine l’éclatement du pays.
BHumibol a été un roi adulé parce qu’il était proche de ses sujets, vertueux, il a fait du pays un petit dragon et il a réussi à le préserver des massacres et des guerres qui ont emporté les voisins. Et on a tendance à penser que sa fin de règne et son absence empêche le pays de se retrouver.
La réconciliation nationale est sans cesse invoquée mais sans le roi, elle reste hors de portée.