Élections générales en Catalogne : l'Espagne devient ingouvernable

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Les élections générales en Catalogne ne mettent pas fin à la crise, elles la relancent, analyse l'éditorialiste Vincent Hervouet.

Les élections générales en Catalogne ne mettent pas fin à la crise, elles la relancent. On ne sait pas qui gouvernera à Barcelone mais on sait qui a perdu.

L’humiliation de Mariano Rajoy est l’évidence d’hier soir et elle est lourde de conséquences. Le PP parti populaire qu’il dirige subit une débâcle, passant de 11 députés, ce qui n’était pas brillant, à trois, score lamentable. Ses électeurs ont filé chez Ciudadanos, plus jeune, plus à droite, qui est indemne de tout passé franquiste et de tout scandale affairiste. Le chef de file local du PP est vomi par les Catalans, c’est le problème du parti. Mais que le chef du gouvernement espagnol soit désavoué et défié par deux millions d’électeurs est le problème de toute l’Espagne.

Mariano Rajoy est un Premier ministre faible, à bout de souffle après ces années passées à éponger la crise de 2008, sans majorité aux Cortès bien que les Espagnols aient voté et revoté. C’est parce qu’il est terriblement faible qu’il a tenté d’être ferme en Catalogne. Il s’est piégé comme une vieille culotte de peau qui mène la bataille en gants blancs et qui se retrouve face à des maquisards qui pratiquent la guerre asymétrique.

Il a été maladroit en voulant interdire par la force le référendum.

Il a fait appliquer la loi, il a confisqué les urnes. Il a été trahi par la police catalane. L’image des ninjas matraquant de pauvres électeurs est mensongère, mais imparable. Empêcher les gens de voter à transformé les populistes catalans en défenseur d’une liberté élémentaire.

Seconde erreur, reprendre la gestion directe de la région et organiser illico des élections, sans laisser la passion retomber, sans laisser la justice passer. Avec des indépendantistes en exil ou en prison mais autorisés à se présenter et à mener une campagne victimaire. Un réflexe de fierté, de solidarité a transformé l’élection d’hier en plébiscite pour les réprouvés. Pour Oriol Junqueras en cellule à Madrid et Carles Puigdémon à l’hôtel à Bruxelles… À tout prendre, c’est plus confortable que d’être politiquement mort mais à la tête du gouvernement.

Que va-t-il se passer ? 

Jeudi, la Catalogne est ingouvernable. Ce matin, l’Espagne aussi. La crise est la plus grave depuis la restauration de la monarchie. A force de rejouer la guerre civile de 1936, le pays semble de retour en 1931, quand la seconde République était impuissante à juguler les passions et les forces centrifuges.

En même temps, on est à la veille de Noël. L’optimisme est de rigueur. Il faut se raconter des histoires en attendant le Père Noël.
Alors, le conte de Noël catalan sera de penser que l’électeur n’a jamais tort, que sa participation massive est le signe de sa bonne santé, et que le feuilleton catalan va continuer l’an prochain, ce sera passionnant !