Allemagne : retour sur les élections législatives

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Coups de tonnerre hier soir en Allemagne. Angela Merkel remporte les élections mais les scores de la CDU/CSU et du SPD sont les plus bas depuis la guerre. Le vrai vainqueur est le parti nationaliste, Alternative pour l’Allemagne avec près de 90 députés.

C’est beaucoup pour un parti né il y a quatre ans.

D’un autre côté, pourquoi l’Allemagne aurait-elle échappée à la colère qui a renversé la table partout ailleurs ? Les Anglais se sont offerts le Brexit et c’est dans l’ivresse du Kamikaze qu’ils ont claqué la porte au visage des eurocrates. Les Américains se sont payés Trump avec sa tignasse peroxydée et le mépris qu’il suscite dans la bonne société est le meilleur ressort de sa popularité. Les Français ont dégagé la moitié de la classe politique et tous les papabilé que les médias avaient consacrés. Et on pourrait dire pareil du clown Bepé Grillo en Italie, du Monsieur loyal qui a été élu en Pologne, de l’autocrate de Budapest, tous portés par la colère, celle du peuple contre l’ordre des choses, c’est-à-dire les désordres de la mondialisation.

Les Allemands ont quand même gardé leur chancelier pour un quatrième mandat.

Oui, mais tellement affaiblie ! Bon courage pour forger une coalition de gouvernement. Elle va devoir séduire la carpe libérale et le lapin écologiste et cette basse-cour n’est d’accord sur presque rien. En tout cas, la grande réforme de la zone euro qu’on échafaudait à Paris est par terre. Les Libéraux n’en veulent à aucun prix. Il y a pire : Merkel va rester dans l’histoire comme M la maudite. Celle qui a fait revenir la droite qui pue des pieds.

Sigmar Gabriel, le vice-chancelier dit : "les Nazis sont de retour pour la première fois depuis 70 ans".

Sigmar Gabriel s’y connait, son père était nazi.  En même temps, le Kamarade ministre est un apparatchik qui vient de tout perdre, il a tendance à faire honte à l’électeur de base qui l’a trahi.

L’AFD est le parti des gens furieux. Il a été fondé par des profs d’économie et des hauts fonctionnaires furieux que l’Allemagne paie pour la Grèce. Discours techno anti-euro. En 2015, Angela Merkel ouvre les bras à des centaines de milliers de migrants et le discours de l’AFD devient anti immigration. Puis, anti islam après les attentats. Les furieux font un tabac dans un pays qui se surveille depuis 70 ans et s’interdit toute xénophobie. Avec l’AFD, bonjour le retour du refoulé. La campagne ne se contente plus de dénoncer les éoliennes, de réclamer des référendums, le thème principal devient : être fier de l’Allemagne. 

Être fier de l’armée allemande a dit un porte-parole.

Le discours de l’AFD est truffé d’ambiguïtés, de double sens, d’allusions raciales. Il y a 50 nuances de vert de gris. Mais le vrai problème, n’est pas l’émergence d’un parti protestataire qui rejette le politiquement correct. C’est que les deux partis qui alternaient au pouvoir, les chrétiens démocrates et les sociaux-démocrates, à force de se recentrer sont devenus interchangeables et que les Allemands s’en sont dégoûtés. C’est grâce à cela que Merkel a régné et c’est à cause de cela qu’elle trébuche.