Kim Jong-nam, le demi-frère trop encombrant de Kim Jong-un

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L'histoire de la semaine est une chronique de l'émission Europe week end
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Kim Jong-nam, le demi-frère du dictateur nord-coréen Kim Jong-un, a été assassiné lundi en étant aspergé d'un poison au visage, alors qu'il attendait son avion à Kuala Lumpur. Le régime de son frère est suspecté d'avoir commandité cet homicide spectaculaire.

Une mauvaise photo couleur des années 70, un tout petit garçon boudiné dans un uniforme militaire, posant devant un sapin de Noël, aussi décoré que lui. Une casquette sur mesure, un air constipé, pas vraiment la mine d’un enfant réjoui… Il faut dire que son déguisement n’est pas un cadeau. Rien à voir avec un costume de cow-boy ou de superman, tombé du ciel un 25 décembre. Non, c’est l’accoutrement grotesque que son dictateur de père l’a obligé à enfiler pour l’occasion. Cette photo, c’est la seule que l’on connaisse de Kim Jong-nam, petit. Un cliché pris quelque part à Pyongyang en 1975. Le garçonnet a 4 ans. La vieille asiatique qui se tient, figée à ses genoux, est sa grand-mère maternelle, selon la légende officielle.

Un enfant et une vieille dame longtemps reclus dans les résidences secrètes du régime. Le Tyran de l’époque, Kim Il-sung, le 1er des Kim, ne voulant pas entendre parler de ce petit bâtard, que son fils, Kim Jong-il,  qui lui succédera plus tard, avait eu avec l’une de ses maîtresses, une actrice nord-coréenne, qui mourra folle dans un asile de Moscou, au début des années 2000. Kim Jong-nam ou l’histoire d’un enfant, puis d’un homme, qui n’a jamais trouvé sa place au Royaume des Salopards, au sein d’une famille de dictateurs tarés. Une dynastie communiste, terrifiante et ubuesque, qui assujettit son peuple depuis près d’un demi-siècle.

Kim Jong-nam, un jeune garçon sorti des oubliettes du régime, une fois la Corée du Nord débarrassée de son grand-père, Kim Il-sung, qu’on appelle toujours là-bas, 23 ans après sa mort, Président Eternel ou Professeur de l’Humanité toute entière. Une jeunesse gâtée/pourrie dans le Blockhaus-Palace familial de Ryongsong, un palais de béton planté au milieu d’une forêt et de lacs artificiels, connu aussi sous le nom de Résidence n°55, ce qui en dit long sur la poésie des propriétaires des lieux. Des salles de cinéma, un stade d’athlétisme, un hippodrome, un circuit automobile, une gare particulière avec un train blindé, des caves regorgeant de milliers de bouteilles des plus grands vins français. Un endroit surréaliste, invisible, à l’écart d’un peuple trépané et famélique. Un bunker géant gardé par une armée de soldats, montés sur des tanks et des miradors.

Un univers aussi fastueux que cauchemardesque dans lequel, Kim Jong-nam passera plusieurs années. Un petit Prince rouge, tout seul au milieu de milliers de jouets et de dizaines de domestiques. Jamais, il ne croisera ses quatre demi-frères et sœurs plus jeunes, nés des autres lits de son père Kim Jong-il. On retiendra le nom du petit dernier de la fratrie, Kim Jong-un, l’actuel Leader Suprême Nord-Coréen, aujourd’hui âgé de 34 ans. Le goût du tir nucléaire, la coiffure de Bart Simpson… Celui-là même qui aurait ordonné l’exécution de Kim Jong-nam, lundi à Kuala Lumpur. Un aîné trop encombrant, bien que totalement dénué d’ambitions politiques. Kim Jong-nam l’avait confié à un journaliste japonais il y a quelques années, il n’était pas du tout intéressé par le job de dictateur. Trop le goût de la liberté et de la nouba. Picole, putes et poker, les 3 P. Pas vraiment le profil du coco nord-coréen…

Kim Jong-nam, un gros noceur, devenu très gros, ces dernières années. Trop de hamburgers, trop de whisky, trop de stress. Son surnom de Fat Bear, lui collait parfaitement à la peau. Fat Bear, gros nounours. Pang Xiong, en Chinois, le nom qu’il avait utilisé sur un faux passeport Dominicain, avec lequel il avait voulu entrer incognito au Japon en 2002. L’envie de faire un tour de "Space-Mountain" au Disneyland du coin. Sa mésaventure avait fait rire le  monde entier. Pas son père, qui l’avait alors renié à jamais. Un héritier devenu un paria. Un type archi-sympathique selon ceux qui l’ont connu. Un fana de Clapton et de basket, au français presque parfait, notre langue, apprise pendant quelques années dans un pensionnat genevois extrêmement huppé.

Un homme perdu, paumé. Pas facile à suivre entre Macao, Taiwan, Londres et Pékin. Mais facile à loger pour les tueurs nord-coréens. Son Facebook, comme un traceur. Un drôle de rongeur comme photo de profil, son compte, qu’il alimentait avec des photos de ses luxueux voyages, un message de solidarité qu’il avait laissé après les attentats de novembre 2015  à Paris.

De quoi vivait  Kim Jong-nam ? Mystère. De trafics, de blanchiment d’argent pour le compte de Pyongyang, comme certains le soupçonnaient, peut-être. D’affaires louches, c’est certain. Les Chinois, qui voyaient en lui un éventuel remplaçant de son frère à la tête de la Corée du Nord, n’ont fait aucun commentaire, après son assassinat lundi. Un coup de spray mortel, des arrestations, des femmes… Des espionnes qui n’avoueront jamais. Un "Kim Presque Parfait".