Un accord à 400 millions pour fermer Fessenheim et le début du procès de Dilma Roussef : les experts d'Europe 1 vous informent

SAISON 2015 - 2016
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Axel de Tarlé, Géraldine Woessner et Sophie Larmoyer font le point sur l'actualité du jour.

Sophie Larmoyer, experte internationale

Au Brésil, l’esprit olympique a filé avec la flamme, on replonge directement dans le grand bain de la bataille politique et des divisions.
C’est aujourd’hui que s’ouvre le dernier acte du feuilleton de la destitution de la présidente, Dilma Rousseff, avec un "procès" de sept jours qui se tient au Sénat.

Le Sénat sera réuni en séance plénière, pour un procès retransmis sur YouTube. Il commencera par des auditions de témoins : deux pour l’accusation et six pour la défense. Dilma Rousseff, elle, fera son entrée lundi matin, elle aura 30 minutes pour s’exprimer, puis elle répondra aux questions des sénateurs.
Dehors, devant le Sénat, une haute barrière de tôle d’un kilomètre a été dressée pour séparer les manifestants pro et anti Dilma. Voyez l’ambiance, on est loin de la fête olympique !
Ce processus juridico-politique prête à beaucoup de controverses.

"Juridiquement", qu’est-ce qu’on lui reproche à Dilma Rousseff ?

On lui reproche d’avoir joué avec les chiffres pour masquer l’ampleur des déficits budgétaires, ce qu’ont également fait tous ses prédécesseurs, d’ailleurs.
Les juristes s’accordent à dire que "ce n’est pas bien", mais que ce n’est pas un délit. Et donc ce procès, juridiquement, est très fragile et que l’appréciation sera d’abord politique.
Ce qui fait dire au camp de Dilma Rousseff qu’il s’agit d’un "coup d’état institutionnel". C’est en tous cas l’occasion, pour ses opposants, de se débarrasser d’une présidente, qui par ailleurs est devenue impopulaire.
Dans cette affaire, cette "séquence" de la vie démocratique brésilienne, il y a trois ingrédients : économie, corruption et politique.

- L’économie s’est écroulée, après les années Lula dont les programmes sociaux avaient littéralement sorti de la misère 40 millions de Brésiliens. La chute des matières premières, dont le pétrole, a plongé le pays dans la récession.
- Du côté des casseroles, il y a surtout cet énorme scandale de pots de vin au sein de la compagnie publique d’hydrocarbures, Pétrobras, qui a arrosé tous les partis sans distinction et qui d’ailleurs implique personnellement beaucoup des sénateurs qui jugent aujourd’hui la présidente.
- Le résultat politique, c'est que certains y ont vu l’occasion de reprendre la main après 13 ans de pouvoir de gauche.

Et c’est ce qui va se passer ?

Ah oui, la presse brésilienne a fait les comptes : plus des deux tiers des sénateurs devraient voter la destitution. Le verdict est attendu pour mercredi prochain.
Quant à Dilma Rousseff, elle fait un baroud d’honneur et appelle ses sympathisants à "résister" avec elle "pour l’histoire" mais elle n’y croit plus.

Et qui sera président alors, dans une semaine ?

Michel Temer, qui était vice-président et dont le nom est largement cité dans des affaires de corruption, il s’est notamment allié à la droite dure.
Lui aussi est très impopulaire et devra lui aussi affronter les difficultés économiques et un pays profondément divisé.



Axel de Tarlé, expert économie

Est-ce la fin du feuilleton "Fessenheim" ?

Le gouvernement et EDF ont enfin trouvé un accord. L’État va verser au moins 400 Millions d'euros d'indemnité à EDF pour la fermeture de la centrale nucléaire alsacienne de Fesseinheim, la plus vieille de France.

C'est quand même un beau gâchis. car on va devoir payer 400 millions d'euros pour ne pas produire d’électricité.
ce sera même probablement beaucoup plus que 400 millions puisqu'il y a une formule qui courre sur 20 ans en fonction du prix de l’électricité. Il n'est donc pas impossible que la facture dépasse finalement le milliard d'euro.

Fessenheim est la plus la plus vieille centrale, elle date effectivement de 1977, sauf qu'elle a été entièrement rénovée, avec toutes les normes post Fukushima.
Si bien, que selon l'Autorité de Sureté Nucléaire, qu'on ne peut pas soupçonner d’être partiale, Fessenheim est dans le Top trois des centrales les plus sécurisées de France.
On ferme donc une centrale qui fonctionne parfaitement et c'est d'ailleurs pour cela qu'EDF réclame de grosses indemnités.

"Fermer Fessenheim", c'était une promesse de campagne François Hollande avec pour idée de sortir du tout nucléaire au profit des énergies renouvelables.
Sauf que Franchement, on ne sort absolument pas du nucléaire puisque l'on construit Flamanville, que l'on recapitalise Areva et que l'on prolonge la durée de vie des centrales de 40 à 60 ans.

La fermeture de Fesseinheim est donc une décision purement politique, une "promesse de campagne", qui va coûter cher au contribuable. Si c'est un milliard, ça représente une facture de 30 euros par foyer.
Mais, on peut penser qu'EDF va prendre son temps, la décision doit passer en Comité central d'entreprise, en conseil d'administration. Ça peut donc trainer pendant des mois. Or, l'année prochaine, il y a des élections et tous les candidats de droite ont promis d'annuler cette fermeture de Fessenheim.



Géraldine Woessner pour le Vrai faux de l'info

Lors de sa première intervention télévisée hier soir, le candidat Nicolas Sarkozy a promis des "mesures difficiles" parce que la France va mal. Chômage, déficit, aucun pays ne ferait moins bien en Europe, il a beaucoup usé des comparatifs. Peut-être un peu trop : "Nous sommes aussi les champions d’Europe de la dépense publique".

Champions des impôts, on le savait, mais de la dépense publique, c’est vrai ou c’est faux ?

c’est faux car la Finlande est devant nous. Elle flambe 58,3% de son PIB en dépenses publiques, la France n’est que deuxième sur le podium à 56,8%. C'est effectivement très au-dessus de la moyenne européenne mais on a perdu cette première place en 2008. C'est peut-être l'excuse de Nicolas Sarkozy quand il est arrivé au pouvoir, c'est vrai, la France était bien championne, et depuis deux ans déjà sous de Jacques Chirac. L’Islande puis le Danemark lui ont volé la médaille, elle ne l'a plus retrouvée depuis que François Hollande a été élu.
Alors vous me direz : c’est un peu malhonnête de pointer le palmarès de la droite parce que l’ancien président lui a connu la crise, et depuis 2012 le niveau des dépenses a atteint des sommets. La France a des marges d'économie à faire, tous les rapports le disent.

Et pour l’instant elle ne les fait pas ?

Non et la cour des comptes s'en est affolée cet été. Les cadeaux faits par François hollande en cette année pré-électorale vont faire déraper les dépenses et pourraient propulser la France à nouveau sur la première marche. Avec six milliards de dépenses au moins annoncées, de l'augmentation des fonctionnaires à la formation des chômeurs.
D’où la colère de Nicolas Sarkozy qui promet de tailler dans le gras en alignant par exemple les retraites du privé et des fonctionnaires. On verra comment il s’y prend. Sa réforme des régimes spéciaux en 2007 lui avait coûté si cher en cadeaux pour la faire passer qu’au final, et c’est encore la cour des comptes qui le dit, elle n’a quasiment pas permis d’économie.

Cette fois Nicolas Sarkozy tiendra ses promesses, c’est encore lui qui le dit : "On m'a fait beaucoup de reproches dans ma vie politique, pas de mentir"
C'est une citation collector du lauréat 2015 du Prix du Menteur en Politique, il reçoit cette consécration avec les honneurs pour une série de 17 gros bobards, proférés pendant sa campagne pour la présidence de l’UMP.

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