BlackRock tire la sonnette d’alarme sur le climat et la visite du Dalaï Lama en France : les experts d'Europe 1 vous informent

SAISON 2016 - 2017
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Axel de Tarlé, Géraldine Woessner et Sophie Larmoyer font le point sur l'actualité du jour.

Axel de Tarlé, expert économie

Quand la finance impose la transition écologique…
Le plus gros fond de la planète, BlackRock, demande aux entreprises d'établir un plan de marche pour minimiser leurs émissions de C02.

Black-Rock, c'est un Fond américain qui gère 5.000 milliards de dollars, soit deux fois le PIB de la France. Il s’agit bien du plus gros Fond du monde, présent dans toutes les grandes entreprises. En France, il est notamment au capital de Total, BNP, Vivendi, Saint Gobain ou Sanofi.
Face au réchauffement climatique, Black Rock demande désormais à toutes ces entreprises de se lancer dans la transition énergétique.
Le Fond précise "Que vous y croyez ou pas, il faut y aller. Ça n'est plus une option, c'est une nécessité".

Pourquoi Blackrock fait-il cette demande ?

Parce qu'avec la pollution et le réchauffement, on assiste à un durcissement des normes environnementales. Les règles sont en train de changer.
Il faut se préparer à l'arrivée de nouvelles technologies et il y aura forcément des perdants.
Black Rock a probablement été traumatisé par l'exemple Volkswagen qui s'est accroché à ses moteurs diesel, a pris du retard en matière de voiture propre et doit désormais payer des milliards d'amende, avec certainement à la clé une chute de son cours de Bourse.

On pourrait y voir du cynisme mais l'approche de Black Rock est financière.
Le fond, écrit "au-delà des enjeux écologiques, de sauver la planète, il y a des enjeux financiers. Avec cette transition, il y aura des entreprises gagnantes et des perdants".

Concrètement, comment ça se passe ? Du jour au lendemain, Total ne doit plus pomper de pétrole ? Renault ne doit plus fabriquer de voitures thermiques ?

Non, justement. C'est là, où l'approche de BlackRock est intéressante, il n’y a pas de big-bang.
Le Fond mise sur une transition en douceur qui prendra entre 10 et 15 ans.
Les acteurs historiques dans les énergies polluantes ne sont pas forcément les plus mal placées pour réussir cette transition.
L'exemple de Total, justement, est intéressant car l’entreprise se lance dans l'électricité. Son patron Patrick Pouyanné, le dit "L'énergie du XXe siècle sera l'électricité".
Et ses actionnaires imposent cette transition et demandent des comptes.



Sophie Larmoyer, experte international

Le Dalaï Lama arrive en France aujourd’hui, c’est un événement pour les 600.000 bouddhistes de France. Jusqu’à dimanche, le chef spirituel des Tibétains donnera toutes sortes de conférences et d’enseignements. En revanche, aucune rencontre au sommet n’est prévue, ni avec le président ni avec aucun membre du gouvernement.

Le Dalaï Lama leur ferait-il peur ?

C’est délicat de rencontrer de Dalaï Lama car il ne faut pas fâcher Pékin, qui proteste, à chacun de ses déplacements et tente d’empêcher que l’aura du guide spirituel bouddhiste puisse s’exprimer.
Demain matin par exemple, il aurait dû y avoir une grande conférence à Sciences-Po puis, la direction de l’école l’a réduit à peau de chagrin et finalement annulée pour un motif alambiqué, et peu crédible, quand on sait que les plus grandes universités du monde aimeraient recevoir un tel conférencier. Comme au plus haut sommet de l’État, les pressions de Pékin ont abouti à une autocensure.

C’est uniquement "français", cette attitude timorée, ou pas ?

Non parce que les pressions sont les mêmes pour tous. Dans un autre genre par exemple, les chansons de Lady Gaga sont interdite en Chine parce qu’elle a rencontré le Dalaï Lama en juin dernier. Ils ont évoqué la manière de trouver la paix en soi, mais peu importe, elle l’a rencontré publiquement, donc elle est punie.
Alors les dirigeants politiques, évidemment, craignent les représailles commerciales. Jean-Marc Ayrault avait reçu en grandes pompes le leader tibétain en 2008, comme maire de Nantes mais ensuite comme Premier ministre ou maintenant aux Affaires étrangère, c’est plus difficile.

Pourtant certains résistent, non ?

Absolument. En juin dernier le Dalaï Lama était reçu à la Maison Blanche par Barak Obama mais dans les appartements privés plutôt que dans le bureau oval.
Angela Merkel l’avait reçu aussi avec les vives protestations de Pékin bien-sûr mais ça n’empêche pas l’Allemagne d’être toujours le premier partenaire commercial de la Chine en Europe. En juin, elle effectuait son neuvième voyage en Chine.

Pourquoi cette crispation de la Chine ? Officiellement, le Dalaï Lama ne fait plus de politique.

C’est vrai, en 2001 il a démissionné de son rôle de "chef de gouvernement en exil" pour ne conserver que celui de "chef spirituel".
Mais c’est une icône, qui reste le symbole de la résistance tibétaine. Pour Pékin, c’est "un exilé politique engagé dans des activités séparatistes sous couvert de religion".
Quant au Dalaï Lama lui-même, philosophe, il fait savoir qu’il ne veut pas gêner les officiels, qu’il n’a rien à leur dire et qu’il préfère parler du bonheur devant de très larges publics.



Géraldine Woessner pour le Vrai faux de l'info

Le Premier ministre, Manuel Valls, a fermement défendu son bilan hier sur Europe 1, en affirmant qu’il avait pris à bras le corps les problèmes de sécurité. L’autorité de l’État, c’est lui qui l’incarne dit-il, et il promet dans quelque jour de présenter un nouveau plan :

"On sait qu’il faudra sur les 10 ans qui viennent créer sans doute 10.000 places de prison pour permettre la création de cellules individuelles".

10.000 places de prison sur 10 ans permettront de créer des cellules individuelles, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est faux, car même si elles étaient construites aujourd’hui ces places, elles ne résoudraient même pas le problème de surpopulation carcérale. Au 1er août, il y avait 68.819 détenus en prison, pour 58.507 places opérationnelles, et 1.515 détenus dormaient par terre, sur des matelas. Donc pour que chacun ait, non pas sa cellule, mais simplement sa couchette, il faudrait ce soir 11.827 nouvelles places.
Quand on parle de place, on ne parle pas de cellules. Aujourd’hui, il existe environ 41.000 cellules individuelles dans le parc pénitentiaire, c’est à dire d’une surface au sol de maximum 11 mètres carrés mais beaucoup accueillent en fait deux, voire quatre détenus. C’était le cas par exemple à Béthune, en 2014 où l’on comptait 356 détenus pour 180 cellules, toutes de neuf mètres carrés. Autant dire que l’encellulement individuel est impossible.

Pourquoi Manuel Valls le promet-il dans ce cas ?
 
D’abord il y a l’effet d’annonce. 1.400 détenus radicalisés sont sous écrou aujourd’hui, il faudrait pouvoir les isoler en cellules individuelles mais pour l’instant, c’est impossible. Il faut donc de nouvelles places.
Et puis l’autre raison, c’est qu’il n’a pas le choix. La loi impose l’encellulement individuel des détenus depuis 1875. Personne n’a pu le réaliser et la Cour Européenne des Droits de l’homme fustige régulièrement la France pour ses conditions de détention. C’est pour cela d’ailleurs que les gouvernements précédents avaient lancé, en 2002 puis en 2011, de vastes programmes de construction. Si ces programmes étaient allés à leur terme, on aurait eu, en 2017, un parc total de 70.000 places. Mais Christiane Taubira les a réduits pour ramener les nombre à 63.500 places en 2017 contre 69.000 détenus aujourd’hui, on n’y est donc pas. En fait, l’immense majorité des nouvelles places créées depuis juin 2012, il y en a eu 1.380, l’ont été du fait de programmes antérieurs au gouvernement actuel.
C’est en cela que l’annonce du Premier ministre est même cocasse puisque son plan de 10 000 places vise en fait à revenir à ce que voulait faire la droite en 2011. 70.000 places à terme, simplement pour se conformer à la loi sauf que ce sera cinq ans plus tard.



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