François Hollande : tel est pris qui croyait prendre

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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François Hollande est pris en sandwich entre Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron qui ne souhaitent visiblement pas passé par la primaire de gauche.

Montebourg candidat à la présidentielle, Macron probablement aussi, c’est Hollande pris en sandwich ?

C’est l’échec probable de sa stratégie pour tuer toute opposition dans son propre camp et assurer sa candidature en 2017.
La primaire à gauche est morte née. Hollande avait finalement accepté son organisation en pensant qu’il dominerait tous ses rivaux, que son statut de président sortant lui donnerait plus de légitimité, qu’il incarnerait la meilleure des synthèses.
C’est raté puisque ni Montebourg ni probablement Macron, qui n’appartient pas au PS, ne veulent participer à cette primaire. Ils iront directement à la présidentielle et l'on peut d'ailleurs soupçonner ces deux-là d’être régulièrement en contact, de s’entendre pour asphyxier Hollande et le priver d’air. Facile, pensent-ils, il est déjà tellement impopulaire.

Est-ce une tactique gagnante ?

Montebourg et Macron ont pour eux d’être jeunes, brillants, bons orateurs et plein d’idées, mais attention aux obstacles car ils seront nombreux :
D’abord, Hollande est un calculateur madré qui a plus d’un tour dans son sac, il ne baisse jamais la garde quand il s’agit de lui-même.
Ensuite, qu’incarnent-ils ? Une alternative à gauche ? Montebourg est socialiste, mais pas seulement, dit-il. Macron, lui, n’est même pas au Parti socialiste. L’un et l’autre sont des OPNI (objets politiques non identifiés). Ils n’ont pas de troupe, ou très peu ni d’appareil. Enfin, alliés aujourd’hui contre Hollande, ils seront forcément rivaux demain.

Il n’y a pas de place pour les deux ?

Difficile, même s’ils ne chassent pas sur les mêmes terres. Montebourg est dans la droite ligne de Chevènement, par la démarche et les idées, or Chevènement n’a fait que 5% à la présidentielle de 2002.
Certes, les temps ont changé et Hollande est encore plus faible que Jospin. Et puis, il y a Mélenchon, qui est déjà en piste. Pour une partie de la gauche, Montebourg n’en est que la pâle copie.
Macron est situé plus au centre, est moins étatiste mais si Juppé gagne la primaire à droite, l’espace se réduira.
Et si c’est Sarkozy qui gagne à droite, Bayrou arrivera.
Rien ne dit donc que Montebourg et Macron seront encore là au premier tour de la présidentielle.