Un jeune des quartiers a-t-il deux fois moins de chances d’avoir un entretien d’embauche ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Julien Denormandie affirme qu'un jeune des quartiers a deux fois moins de chances d’avoir un entretien d’embauche.

Vrai-Faux : le retour des emplois-francs pour combattre les discriminations.

Le candidat Macron l’avait promis : les emplois-francs sont expérimentés depuis le premier avril dans sept zones de quartiers prioritaires des politiques de la ville. Le dispositif, qui avait échoué sous François hollande, a été élargi, avec un objectif affirmé, explique le secrétaire d’État Julien Denormandie : lutter contre la discrimination "territoriale".

"Un jeune de quartier, même diplôme, même formation, tout pareil que quelqu'un d'un autre territoire, a deux fois moins de chances d'avoir un entretien d'embauche".

Un jeune des quartiers a deux fois moins de chances d’avoir un entretien d’embauche. Vrai ou faux ?

C'est très exagéré. Peu d’études ont été conduites pour mesurer l’impact discriminant d’un quartier, et leurs résultats sont contradictoires, difficiles à interpréter. Un grand testing en Grande-Bretagne a conclu récemment (2014) à l’absence d’effet, mais d'autres études en France ont montré que la connotation négative d'un quartier pouvait jouer un rôle sur les chances de décrocher un entretien. Mais il diffère selon le niveau de diplôme, la nature de l'emploi considéré, et la consonance française ou étrangère du nom du candidat. Des diplômés d'origine française par exemple, peuvent être discriminés s'ils viennent d'un quartier sulfureux, mais cela n’aggrave pas forcément les chances, déjà faibles, des Français d’origine étrangère. Un grand testing a été conduit, en 2012, pour des emplois de serveurs et de cuisiniers : il a révélé un net effet de la réputation du lieu de résidence (la Seine-Saint-Denis en l'occurrence) pour les moins diplômés, postulant à des emplois en contact avec le public, mais l’impact était négligeable pour pour exerçant un métier en tension (les cuisiniers). Bref, l'effet quartier existe, mais on ne sait pas vraiment le mesurer.

Que conclure ? Les chercheurs s’écharpent. Certains pensent qu'on peut lutter contre cette discrimination territoriale par des mesures classiques de politique de la ville. D’autres soutiennent que non, convaincus que ce n’est pas le quartier qui est en cause, mais la population qui y vit, majoritairement d'origine étrangère. Or la discrimination ethnique à l’embauche est une réalité qu’on sait mesurer : les CV à consonance étrangère ont effectivement deux fois moins de chances de décrocher un entretien d’embauche que les autres. Selon les enquêtes que conduisent régulièrement l’Insee et l’Ined sur la perception de la discrimination, les Francais d’origine étrangère citent d’abord l’origine ou la couleur de peau source de leurs problèmes pour trouver un emploi.

Pourquoi parler de "discrimination territoriale" ?

C'est un tabou français. Comme on refuse les statistiques ethniques, les outils manquent pour agir de manière efficace contre les discriminations. Cibler les territoires, les quartiers prioritaires, est une façon de faire de la discrimination positive sans le dire.

Cela a du sens : le taux de chômage dans ces quartiers dépasse 25% (ils totalisaient, en 2016, 768500 chômeurs de catégories ABC), et 28% d’entre eux sont de nationalité étrangère, selon l’Insee. En tout, 121 000 jeunes chômeurs de moins de 26 ans résident dans ces quartiers. Comment les aider ?

Les nouveaux emplois francs prévoient de subventionner, pendant 3 ans, toute embauche en CDI d’un chômeur résidant dans un QPV. Une aide de 15.000 euros. Mais aucune condition n’est demandée, et les critiques pointent plusieurs risques :  ces aides pourraient créer un effet d’aubaine pour les employeurs, tout en ratant leurs cibles. Les entreprises vont-t-elles en profiter pour embaucher des diplômés originaires de ces quartiers, qu’elles auraient embauchés de toute façon ? Le budget prévoit 180 millions d’euros pour ces emplois aidés en 2018. Un bilan sera dressé dans deux ans, avant leur généralisation.