Les retraites sont-elles réellement à l'équilibre ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Marisol Touraine affirme que les retraites sont à l’équilibre et qu'il n'y a donc pas besoin d'allonger les durées de cotisation.

Géraldine Woessner pour le Vrai faux de l'info

Le Vrai-Faux de l’Info avec l’optimisme radieux de la ministre de la Santé.

Marisol Touraine qui se félicite d’avoir redressé les comptes de la Sécu et équilibré les retraites. Pour elle, le débat est clos :

Marisol Touraine : "La droite dit qu'il va falloir travailler plus longtemps alors que les retraites sont à l'équilibre".

Pas besoin de travailler plus longtemps puisque les retraites sont à l’équilibre, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est faux. Les retraites des Français ne sont pas à l’équilibre. D’abord parce que les prévisions de Madame Touraine pour cette année sont basées sur une croissance optimiste, 1,5%, or on sait, l’Insee l’a confirmé, qu’on ne les atteindra pas. L’équilibre pour l’instant est donc hypothétique. Mais surtout, Madame Touraine ne parle que d’un partie des retraites, celles du régime général des salariés, qui ne représentent que 38% de toutes les pensions. Si ce régime général va mieux, c’est aussi parce qu’il ne prend pas en compte le fonds de solidarité vieillesse, qui verse les compléments au plus démunis et qui est en déficit de quatre milliards. La majoration pour enfants à charge n’est pas non plus prise en compte, ces 10% que l’on touche en plus quand on a élevé trois enfants et qui représente près de cinq milliards de dépenses en 2016 qui ont été transférées, il y a plusieurs années, à la branche famille. Donc si l’on regarde honnêtement les comptes du régime général, non, on ne peut pas dire qu’ils soient à l’équilibre.

D’autant moins qu’il ne représente que 38% de toutes les retraites.

Effectivement, c’est tout un pan du système que la ministre oublie. Les retraites complémentaires des cadres et des salariés par exemple, sont en déficit, de plus de trois milliards. Celles des fonctionnaires, où l’État compense la baisse du nombre d’actifs en payant lui-même 74% des cotisations des civils et 126% de celles des militaires, ce qui veut dire que les trois quarts des pensions sont payés, par l’impôt, prélevées sur le budget qui est en déficit.
Reste enfin la grosse part, des régimes spéciaux : SNCF, RATP ou les Marins, en déficit chronique, 6,3 milliards millions cette année. Mais cela n’apparaît pas dans les comptes de la sécu, c’est prélevé, sur le budget. Donc oui, la situation des retraites s’est améliorée, du fait essentiellement de l’allongement des durées de cotisations votées en 2010 et de la hausse des prélèvements, mais le régime dans son entier reste bien dans le rouge et cela promet de durer au vu de l’évolution démographique.