Les cheminots doivent-ils avoir cotisé 43 annuités pour une retraite à taux plein ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Alexis Corbiere affirme que les cheminots doivent avoir cotisé 43 annuités pour une retraite à taux plein.

Vrai-Faux : guerre de chiffres sur le statut des Cheminots.

La bataille du rail se joue dans l’opinion, et chacun y va de ses affirmations pour tenter de discréditer, ou au contraire de promouvoir le mouvement des cheminots. Le député de la France Insoumise Alexis Corbières joue la carte des retraites des agents, qui ne seraient pas si avantageuses.

"Il faut qu'ils cotisent 43,5 annuités pour partir à la retraite, vous n'êtes pas au courant ? On peut partir à 50 ans mais pour avoir une retraite complète, il faut avoir cotisé 43 annuités et demi. C'est pas un métier de privilégier".

Les cheminots doivent avoir cotisé 43 ans et demi pour une retraite à taux plein. Vrai ou faux ?

Ce n’est pas encore vrai, mais dans la lettre oui, Alexis Corbières a raison. Le régime spécial des agents a été réformé en 2008, pour tenter de l’aligner sur celui des autres fonctionnaires. A terme, les agents nés après 1972 devront avoir cotisé 43 ans, comme dans le régime général, pour toucher leur retraite à taux plein, et l’âge légal de départ sera repoussé de deux ans. En 2024, il passera à 57 ans pour les sédentaires et 52 pour les roulant. Aujourd’hui, les agents doivent avoir cotisé 166 trimestres. Ils peuvent partir plus tôt, mais avec une décote. Ce qui permet aux défenseurs du statut d'affirmer que les cheminots sont déjà soumis quasiment au même régime que les autres.

Sauf que l’esprit reste très éloigné de la lettre.

Car une retraite à taux plein, pour un agent de la SNCF, n’est pas calculée de la même façon que pour les salariés du privé (50% d’un salaire plafonné, plus les complémentaires). Elle représente 75% des six derniers mois de carrière, et quand la réforme est passé, les syndicats ont négocié d’arrache-pied et décroché de gros avantages. Un échelon supplémentaire a été créé : 100% agents de conduite (et 99% des agents sédentaires) terminent leur carrière au sommet de la grille. Des primes ont été inclues dans le calcul des pensions, des majorations de salaire accordées… En clair, ces avantages compensent les pertes de ceux qui partent avec une décote.  Selon le rapport annuel de la caisse de retraite de la SNCF, les agents partis à la retraite en 2016 avaient validé 36 annuités seulement en moyenne, et leur pension représente 68% de leur dernier salaire, exactement comme avant la réforme. Ce taux de remplacement est proche de ce que touche un salarié du privé, mais lui a vraiment cotisé 41 ans.

Le régime spécial reste avantageux.

Oui, puisque les agents peuvent partir plus tôt, avec une faible décote et des pensions sensiblement plus élevées. Tout en cotisant moins : les agents de la SNCF versent aujourd’hui  8 et demi % de leur salaire pour leur retraite, contre 11% dans le privé. L'employeur paie la différence. L’alignement (lui aussi décidé en 2008) ne sera complet qu’en 2026.

À cette date, en effet, le régime de retraite des cheminots sera devenu moins attrayant. La réforme a d’ailleurs déjà des conséquences, puisque l’âge de leur départ en retraite recule chaque année : en 2016, les conducteurs sont partis à 53 ans et demi en moyenne, et les agents sédentaires à 57 ans et demi. Dans quelques années, il devront travailler jusqu’à 60 ans pour conserver le même taux de remplacement. Mais comme le calcul de leur pension reste avantageux et qu'il n'y a toujours pas assez de cotisants, l'État devra verser, selon la Cour des Comptes, 76 milliards d'ici 2050 pour soutenir le système. D’ici là, la SNCF espérait stabiliser son régime, avec des effectifs cotisants-retraités plus équilibrés. La réforme des statuts remet tout en cause, et cela explique la dureté du mouvement actuel : même si le gouvernement jure qu’il n’est pas question, pour l’instant, d’aborder la réforme des régimes spéciaux, le statut y est intimement liée. L’un ouvre droit à l’autre, et si les nouveaux embauchés perdent ces avantages, la crainte est réelle que le système soit remis en cause… pour les cheminots actuels.