La SNCF possède-t-elle 1.300 entreprises à l'étranger ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Philippe Martinez affirme que la SNCF possède 1.300 entreprises à l'étranger.

Vrai-Faux : les leçons de stratégies de Philippe Martinez.

Le leader de la CGT redoute la dissolution du service public du ferroviaire en France, et dénonce la stratégie du groupe à l’international.

"Est-ce que vous savez que la SNCF possède 1.300 entreprises dans d'autres pays? Par exemple les transports urbains de Las Vegas, de Boston ? Est-ce la mission des chemins de fer français d'acheter des sociétés d'autobus aux USA ? Cela coûte cher, et ce n'est pas rentable !"

La SNCF possède 1.300 entreprises à l’étranger. Vrai ou faux ?

C'est faux, et trompeur. Juridiquement, oui, le groupe SNCF chapeaute un grand nombre de filiales : 964 exactement, implantées en France ou à l’étranger. Car il exploite des trains, des parkings, des réseaux de logistique et de transports à travers le monde : la SNCF est présente dans 120 pays. D’où ce nombre de filiales important, pour s'adapter aux contextes loaux. Keolis par exemple, leader mondial du tramway, du métro automatique, et filiale de la SNCF à 70%, coiffe elle-même plus de 200 autres filiales, puisqu'à chaque fois qu’elle remporte une concession de service public dans une ville, elle doit créer une structure. Il y a Keolis Narbonne, Keolis Caen, Keolis Besançon… Et Keolis Boston, ou Las Vegas. Ce chiffre d’un millier de filiales, en fait, ne veut rien dire : le groupe SNCF compte en réalité une quinzaine de filiales importantes, organisées selon leurs activités. Eurostar ou Thalys dans le transport de voyageurs, Systra dans l’ingéniérie des transports… Et dans la logistique, la filiale Geodis est un mastodonte, 8eme mondial du secteur. Elle représente à elle seule, avec ses 40 000 salariés, un quart du chiffre d'affaire total de la SNCF (8 milliards). En tout un tiers du chiffre d’affaires du groupe est réalisé à l’étranger.

Ces activités sont-elles rentables ?

Oui, elles le sont. Et les exemples que donne Philippe Martinez sont mal choisis : à Las Vegas, le contrat de Keolis pour faire rouler 250 bus vient d’être renouvelé, et à Boston, si le groupe a perdu de l’argent au début, ce n’est plus le cas depuis le début de l’année, selon l’entreprise, et surtout l'expérience a été une vitrine. Rénover ce réseau de 90 trains et 135 station était un vrai défi, en partie relevé. Il va pouvoir se vendre ailleurs. Or c’est bien tout l’enjeu : le marché des transports publics aux Etats-Unis, c’est 50 milliards. Il représentera, demain, plusieurs centaines de milliards en Asie, avec le développement des mégapoles. La SNCF l’a compris : ils sont là, ses relais de croissance, pas dans un réseau national qui ne pourra plus tellement grossir. Ces filiales, à l’étranger, n'ont pas creusé la dette (l'emprunt les a financées), elles ne coûtent pas grand-chose en terme d'investissements (les réseaux sont déjà en place), en revanche elles rapportent du cash qui, lui, peut être réinjecté dans notre réseau national, qui capte, aujourd’hui, 95% des investissements.

Donc penser qu’en revendant ces filiales, on investirait davantage chez nous, c'est un total contresens. Le réseau domestique, par nature, ne sera jamais rentable (les infrastructures coûtent trop cher), mais le savoir-faire des cheminots, lui, peut s'exporter (tout en permettant au groupe de s’améliorer et développant ses compétences), et c’est la stratégie que la SNCF a construit en s’imposant, dans le monde, dans chacun de ses métiers. Une stratégie de long terme, qui a précisément fait défaut, parce que l’État avait la main, sur le sol français.